Le Nouveau Monde de Cecil B. DeMille
par Edouard Waintrop
tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , le coin du cinéphile
Les Conquérants du nouveau monde. DR
Les Conquérants du nouveau monde, de Cecil B. DeMille (1947), avec Gary Cooper et Paulette Godard. Universal video. 10 euros environ d’occasion.
A l’époque, les Indiens étaient encore considérés, par les cinéastes et surtout par Cecil B. DeMille, comme les Noirs par David Wark Griffith, comme des sauvages redoutables. A tel point que pour le rôle de Guayusa, le chef des Senecas, une tribu entrée en guerre contre les blancs en cette fin de XVIIIe siècle, le metteur en scène a choisi Boris Karloff, le spécialiste des monstres et des personnages terrifiants du cinéma gothique américain. Il s’agit donc de faire peur, c’est certain. Mais à cette époque aussi, en 1947, l’aventure est reine. Et les bons cinéastes sont ceux qui savent communiquer ce sens de l’espace, transmettre l’audace et le courage de leurs héros. Sur ce point, DeMille est un maître indiscutable. Les plans de forêt, plans larges où l’on voit Gary Cooper traverser l’enfer vert qui se situe entre la Pennsylvanie et l’Ohio, sont formidables. Ils permettent d’avaler ensuite le retour en studio, quand il s’est agi de mieux coller à l’action et que le plan s’est fait moins large. De toute façon, avec le nombre de rebondissements qu’il doit affronter, les surprises souvent mauvaises qui lui tombent dessus, le capitaine Holden, aventurier, espion et gentleman fait un guide exceptionnel de cette Amérique. D’autant qu’il a la dégaine de Gary Cooper, élégant en diable. Les méchants ne sont pas mal non plus, avec ce bon Howard Da Silva, toujours aussi antipathique. Ce trafiquant est aussi un allié des Indiens, ce qui est l’horreur dans le cinéma hollywoodien de l’époque. Avec aussi Ward Bond en ferronnier visionnaire, qui discerne l’avenir de Pittsburgh (la sidérurgie) à travers le présent de Fort Pitt. Et Paulette Godard, pas mal mais moins émouvante que dans les films de Chaplin (Les temps modernes et le Dictateur). Il y a des séquences inoubliables dans ces Conquérants (Unconquered). Comme le sauvetage de Fort Pitt par Holden avec quelques cornemuses et un bataillon de cadavres. Cecil B. n’a jamais été effrayé par les morceaux de bravoure.
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