mardi 12 septembre 2006 13:25
Le Patator, ou le flash-ball du pauvre
par Bruno Icher
tag : vidéo
DR
Les sites de vidéo collaboratifs, parmi lesquels les ténors YouTube, GoogleVideo et DailyMotion, sont des phénomènes de société. Ce sont surtout les observatoires les plus pointus de toute l’oisiveté du monde et de l’énergie déployé par chacun face à son propre ennemi intérieur : l’ennui.
A la campagne, c’est bien connu, les divertissements sont rares. Jadis, on tuait le temps en crucifiant des chouettes sur les portes des granges ou en boutant le feu aux roulottes des gitans. Depuis l’arrivée du haut débit en zone rurale, tout cela s’est bien calmé, au grand soulagement des deux populations précédemment citées. Parmi les nouveaux loisirs en vogue, et pas seulement à la campagne, l’un consiste à se filmer au camescope en plein accomplissement d’une épaisse crétinerie, histoire de faire partager l’expérience au plus grand nombre sur le Net. Ainsi, quelques dizaines de films montrent comment bien rigoler avec un Patator, le Flash-ball du pauvre. Il s’agit d’un objet artisanal composé de deux tubes de diamètre différent, généralement en PVC, imbriqués l’un dans l’autre. Le mode d’emploi est simple quoique exigeant une certaine dextérité. Dans le premier tube, le plus fin, insérer vigoureusement une pomme de terre de sorte que le tubercule obstrue totalement l’orifice. Dans le second, le plus large, balancer deux giclées de laque à cheveux piquée sur la coiffeuse de Tata Jacqueline. Refermer rapidement et actionner l’allumeur (le machin qui fait cric-cric et qui allume la cuisinière) que l’on aura pris soin d’insérer hermétiquement dans le tube à laque. Le mélange air-gaz, instable s’enflamme au contact de l’étincelle et, grâce à la pression violemment libérée, expulse la Belle de Fontenay à grande vitesse. Tout est ensuite question de dosage. Sur les dizaines de vidéo disponibles, on peut assister à nombre d’expériences où la patate peut très bien atterrir à trente misérables centimètres ou, à l’inverse, parcourir une bonne centaine de mètres à la vitesse du son. Ainsi, ce charmant garçon qui, dans un décor rappellant les premières scènes de "Délivrance" (en hiver, ça doit ressembler à "Fargo"), explose d’un magistral coup de Patator la vitre d’une bagnole située à 30 bons mètres de là. Dans le même registre, ne pas manquer la vidéo de ce jeune oisif qui manque de très peu le crâne d’un fier paysan situé de l’autre côté du champ de betteraves et qui reçoit, en juste retour, une bordée d’injures d’une rare virulence. Cette remarquable invention, dont la démocratisation date, selon la légende, du conflit au Kosovo, est attribuée à Thierry Lhermitte. Dans une émission télévisée animée par Alain Chabat en 1996, le sympatique Bronzé en
faisait une démonstration très convaincante en direct sur le plateau. Dix ans plus tard, le comédien garde un silence prudent sur cette regrettable affaire et on le comprend. Au vu des tireurs d’élite au Patator, une évidence s’impose : un jour ou l’autre, quelqu’un va perdre un oeil, une main ou la vie. Le danger n’a pas échappé aux autorités puisque l’engin est désormais assimilé à une arme de catégorie 7. Déduction réjouissante : cette décision a forcément fait l’objet d’une ou plusieurs réunions au ministère de l’Intérieur, voire même d’une petite commission d’enquête àl’Assemblée ou au Sénat. Hélas, aucune vidéo de ces réunions
n’est disponible.
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