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vendredi 16 mai 2008 10:06

  • cinéma

Le Short Film Corner, du rêve au long court

par Frédérique Roussel

tags : cinéma d’auteur , festival , court-métrage , Festival de Cannes

Costumes sombres, trop vieux pour eux, Alexandre et Mickaël ressemblent à deux pingouins en manque de banquise. Ils attendent, les mains croisées sur les cuisses, une forme de providence. Sur la table ronde, des flyers et un ordinateur. L’œil scrute les va-et-vient, les démarches hésitantes, les regards à harponner. Au Short Film Corner, il faut saisir la moindre péripétie. Situé au sous-sol du Palais des festivals, dans l’antre du marché du film, le Short Film Corner se veut depuis 2004 le lieu de rencontres incontournable des professionnels du court-métrage. « Créateurs de films courts, montrez-vous ! Vous réalisez des films avec le brûlant désir d’aller vers le long ? » disait le pitch.

Alexandre Lampron et Mickaël Gouin, le réalisateur Jean-François Lavallière et un quatrième acolyte, ont pris un long-courrier. Montréal-Cannes via Paris. Il faut ce qu’il faut quand on cherche un distributeur. Tenter sa chance dans un des plus grands festivals au monde n’est pas forcément stupide. Surtout quand on peut y être logé à l’œil. Papier-pressé (14 mn), leur premier « court métrage d’envergure », leur a pris un an, zéro dollar de budget. Mickaël, scénariste et acteur principal, montre la bande-annonce. « Un homme qui vit dans une ville où la conformité est un mode de vie, voit son existence chamboulée par la découverte d’un billet de cinq dollars. Le vent l’emporte et il se met à courir », raconte le créateur dont l’univers s’inspire de Magritte.

Brad n’a pas endossé de costume. Le jeune Américain fait partie de la fournée d’étudiants du Columbia College de Chicago embarqués par leur professeur Jon Mendenhall qui semble conscient que se frotter à la réalité peut booster la fiction. « Chaque film, tu dois le vivre, c’est ton premier, c’est ton dernier », leur a-t-il dit. Bon élève, Brad n’est pas venu les mains vides. C’est d’ailleurs pour ça qu’il campe au Short Film Corner. Il a apporté avec lui Eyelids, un court métrage de 5 mn 46 achevé en décembre. « Une histoire sur l’amour, le courage et les rêves, raconte-t-il. Un jeune garçon amoureux qui imagine qu’il pourrait vivre sur les paupières d’une jeune fille pour qu’elle le remarque… » Brad a même un producteur, Bob, âgé de 21 ans, gars rond et avenant, la casquette à l’affût du chaland. Pour Bob, la vie semble n’avoir jamais été aussi belle. « C’est incroyable, on foule le même sol, on serre les mêmes mains, on va dans les mêmes lieux que Spielberg. » Brad Bischoff compte à peine 20 ans. « J’ai bu ma première bière légale hier, dans un bar français », rigole-t-il. Aux Etats-Unis, on ne touche pas au houblon avant 21 ans. Brad, encore à l’école pour un an, a déjà un long métrage en postproduction, Wet, « un scénario autour d’un guy toujours mouillé… », produit par Rubbish, la maison de Bob.

Les Québécois préparent aussi leur long métrage. Comme le réalisateur d’origine syrienne Sam Kadi, venu avec Schizophrenian (27 mn). Le Short Film Corner se présente comme une passerelle vers le long et un réservoir de contenu pour les médias mobiles en quête de biscuit. Eldorado ? Plus de 1 780 courts sont visionnables cette année, soit deux fois plus qu’en 2005. Le meilleur atelier de pitching training n’empêchera pas de se voir comme une aiguille dans une botte de foin.


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