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lundi 11 avril 2011 11:13

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Le Systaime attise le trash

par Marie Lechner

tags : liberté d’expression , censure , facebook , art numérique

MultiFacebook, de Systaime

Le Web est l’habitat naturel du Systaime. Tapi dans les mailles du réseau depuis 1999, il se repaît de bits et de pixels, ogre insatiable ingurgitant et régurgitant tout ce qu’il trouve avec une prédilection pour la e-junkfood : torrents de spams, dégueulis de Net-porn, vidéos amateurs lol et kitscheries clignotantes qu’il composte et recycle dans des collages vertigineux, gifs animés trash, politique remix, et autre « blog de ta mère » avec ses karaokés pourris, reflets sans fard de notre société de l’information.

Le remixeur de flux a baptisé son style French trash touch : « J’aime travailler cette esthétique du mauvais goût, celle du spam, du X, des pubs et des bugs », dit le vidéaste Systaime. Un antidote aux lignes épurées des réseaux sociaux, chaos qu’il tente d’infuser dans l’univers uniformisé de Facebook. Né en 1972, il expérimente « le réseau social » avec ses œuvres de mail art bien avant l’arrivée du Web 2.0 et sa marchandisation du lien social. « Avec le Web 2, vous allez avoir enfin la parole, vous allez être libre de diffuser, quelle illusion ! dit l’artiste. Si on nous avait dit aux débuts du Web qu’un jour on allait donner notre vrai nom et livrer nos informations personnelles à une boîte privée, jamais on n’aurait accepté. » Ce qui ne l’empêche pas d’y passer le plus clair de son temps, concédant que « Facebook a beaucoup aidé les gens à entrer dans une culture web ».

Plutôt que de subir, Systaime préfère se couler dans les flux, les détourner et les dérouter, infestant toutes les plateformes, « poussant au maximum les limites de cet objet qu’on nous met entre les mains ». Il ne compte plus le nombre de fois où son compte Facebook à 5 000 friends a été désactivé. « En général, c’est parce que j’utilise un pseudonyme, ce qui est contraire aux valeurs de Facebook. Ou parce qu’ils ont détecté "trop d’activité", rigole-t-il, ils ont considéré que je n’étais pas humain. »

À chaque fois que Facebook lui supprime un compte, il en recrée deux, « j’ai une armée d’avatars ». Même combat sur YouTube où ses remix parodiques de discours politiques se font régulièrement censurer, « flagger », pour contenu inapproprié par d’autres internautes. Une mésaventure dont fut également victime un artiste danois, temporairement exclu de Facebook pour avoir mis sur son profil une image de l’Origine du monde de Gustave Courbet. Une pudibonderie à laquelle Systaime répond aussitôt en créant un profil l’Origine du monde consacré à « l’histoire de l’art revisité par Facebook », pixelisant tous les nus célèbres — radié le jour suivant.

Il en faut plus pour le faire taire. Même si lui-même s’est amusé à clouer le bec à des personnalités politiques, ne gardant que les silences et souffles qui émaillent leurs allocutions : « La qualité du silence reflète souvent celui du discours », constate Systaime, comparant les tics de Sarkozy avec les silences appuyés d’Obama dans sa vidéo 8’47 de silence.

 

« Sortir le Web du Web » est depuis toujours l’une de ses marottes, lui qui a diffusé ses webfilms sur VHS en 2003 pour les oubliés du haut débit. D’ici à juin devrait paraître un coffret avec un livre — inspiré de Free Surf, collage détonnant en forme d’autofiction graphique réalisé pour Poptronics — des DVD, CD, tee-shirts, badges et stickers. L’agitateur fomente aussi un rendez-vous « Open your Web », façon scène ouverte, invitant les artistes à présenter leurs travaux et prototypes, performances audiovisuelles, poésie numérique ou autre graffitis à la Wii, clôturé par une vente flash d’œuvres d’art numérique.

Paru dans Libération du 9 avril 2011


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