lundi 7 avril 2008 10:19
Le Web ouvre le bureau des pleurs pour journalistes
Course au scoop, stress, autocensure, généralisation du bimédia… Un site américain concentre le malaise de la profession.
tag : journalisme
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De notre correspondante à New York
Les journalistes américains sont en colère et ils ont désormais un forum pour le dire : le site angryjournalist.com, créé par Kiyoshi Martinez, un ancien journaliste de 23 ans. Depuis le 10 février, 3 525 plaintes anonymes y ont été postées. Pêle-mêle, les journalistes dénoncent la pression accrue des annonceurs, l’obsession du sensationnalisme au détriment d’informations plus sérieuses, l’augmentation de la charge de travail sans hausse de salaire, le stress et l’autocensure. Mais plus que tout, c’est la révolution de l’Internet qui met à mal les nerfs dans les rédactions. Celle-ci n’est du reste pas loin de créer un fossé générationnel entre des jeunes qui s’alarment de la résistance au changement de leurs aînés et ces derniers qui ont souvent l’impression d’en être réduits à faire du remplissage pour nourrir le site de leur journal. « Je suis en colère contre mon patron qui veut que j’écrive désormais une chronique trois fois par semaine, que j’alimente un blog au quotidien et que je complète mes sujets avec du contenu pour le site », écrit angryjournalist#286. Son confrère #271 regrette, lui, « que les journalistes prennent le Net de haut et n’aient toujours pas compris l’importance de devoir s’adapter et changer ». La hiérarchie est pointée pour son manque d’ouverture et ses accointances avec les annonceurs quand ce n’est pas avec le pouvoir. « Je suis vert, ça fait quatre ans que je travaille sur une histoire, le gouvernement passe un coup de fil à mon patron et maintenant je n’ai plus qu’à m’asseoir sur mon papier », écrit angryjournalist#151. Jamais Kiyoshi Martinez n’avait imaginé que son site deviendrait si populaire. « L’idée de cette petite expérience m’est venue à force d’entendre tant de collègues se plaindre de leurs conditions de travail », explique cet ancien rédacteur en chef web de cinq journaux régionaux de l’Illinois. Martinez dit aussi avoir été troublé par les travaux du professeur Scott Reinardy de l’Université Ball State (Indiana). Son étude montre qu’un journaliste sur trois de moins 34 ans souhaite quitter la profession et un sur 4 dans la tranche des 35-48 ans. Malgré le succès de la « petite expérience » de Martinez auprès de ses confrères, son site n’a curieusement que peu été cité dans la presse américaine. Signe de l’autocensure dont se plaignent les journalistes ? Dans une chronique de la revue Editor and Publisher, Steve Outing se réjouit de l’existence du site et estime que les directeurs de rédactions auraient tort de ne pas prendre ces doléances au sérieux. « Les jeunes vous observent. Prouvez-leur non seulement que vous comprenez les nouvelles technologies, mais que vous saluez leur émergence avec enthousiasme », écrit-il à l’adresse des patrons de presse. Malgré sa courte expérience du métier, Martinez estime que c’est « le dialogue qui est nécessaire et qu’il n’y aura pas de vainqueurs ou de perdants dans ce débat. Personne n’a encore trouvé la solution idéale pour cette transition vers le Net, mais le minimum est d’en parler et de poser clairement les problèmes », estime-t-il. En attendant, il fait son choix. Cinq mois dans le métier lui ont suffi pour se décider à aller de l’avant. Il officie « avec satisfaction » comme porte-parole du Sénat de l’Illinois. Quant aux journalistes heureux, ils ont désormais également leur forum : happyjournalist.com, créé en réponse au site de Kiyoshi Martinez. Depuis le 2 mars, ils n’ont été que 93 à exprimer leur contentement de la profession. Et le bonheur tient parfois à peu de choses : « Je suis heureux de pouvoir lire angryjournalist.com tous les jours », écrit Dan.
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