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dimanche 8 mai 2011 12:54

  • télévision

Le « X Factor » sonne toujours deux fois

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : musique , télé-réalité , M6

Photo M6

Non mais franchement, vous auriez pu nous le dire. Vous nous avez, dans l’édition des 12 et 13 mars, laissé écrire des horreurs : et vas-y le jury de « baltringues », et vas-y le racisme antiquébécois, et vas-y la voix de la candidate qualifiée de « pipistrelle »… Vous êtes inconscients, les gars, fallait nous arrêter, il y a des gens tout de même derrière cette émission, des personnes de chair et de sang avec un petit cœur qui bat. Et nous, on a traîné X Factor dans la boue la plus putride. Tout ça parce que notre petit ego boursouflé de journalistes bobos parisianistes ne pouvait souffrir, la belle affaire, que Dédé, saltimbanque aux troubles origines, et sa Nouvelle Star soient écartés de l’antenne de M6 au profit de ce rutilant télé-crochet. Dézingué donc, et pire, sans même l’avoir vu. D’accord, ça n’avait pas commencé mais bon, c’est pourtant la règle de base du journalisme. Et nous l’avons foulée au pied, cette règle, laissant notre bile courir sur le clavier (ce qui est un peu dégueu, on est d’accord). Mais, taraudés par un vieux fond de professionnalisme, nous avons tout de même, et depuis maintenant huit semaines, regardé, chaque mardi soir sur M6, X Factor. Et ben vous savez quoi ? C’est pire encore.

La belle, la magnifique cata

M6 n’avait certainement jamais investi autant dans une émission : affiches géantes, gros déploiement sur le Web, stars internationales au menu. Et psssscchhhitttt, le gros barnum. Qui tourne à vide tous les mardis soirs : moins de 10% d’audience la semaine dernière, à peine plus de 11% celle-ci pour cause de Dr House absent de son cabinet sur TF1. Autant dire la cata. La belle, la grande, la magnifique cata. D’ailleurs, au vu de cette panade, Lady Gaga et les Black Eyed Peas, bientôt invités de X Factor sur la foi des audiences internationales du concept, seraient bien inspirés d’aller plutôt se produire à Midi en France, l’émission de Laurent Boyer sur France 3. Oui, ce même Midi en France qui fait moins bien que de vieux Simpson sur W9, mais au moins on peut déguster des produits locaux. Alors certes, M6 n’est pas seule dans le fond de la classe, TF1 vient de foirer dans les grandes largeurs deux télé-réalités, Carré Viiip, déprogrammée au bout de quinze jours, et Familles d’explorateurs, remontée à la hâte pour que le calvaire se termine plus vite. Peut-être la Six et la Une sont-elles atteintes par ce mal profond et très surprenant qui voit les téléspectateurs préférer l’original à la copie. Plutôt Koh-Lanta que Familles d’explorateurs, plutôt Secret Story que Carré Viiip et plutôt Nouvelle star que X Factor, ramassis de Dédé frelatés et de Julien Doré bouchonnés mais voilà qu’on se laisse encore une fois aller à l’injure.

« Oh my God, j’me dzis lô »

Cependant, après la pratique assidue de huit semaines de X Factor ainsi qu’une mise en perspective historique de dix ans de télé-réalité et d’indiscutables jurés (depuis Santi dans Popstars jusqu’à Dove Attia dans Nouvelle Star), le constat est sans appel : les gars de X Factor, vous êtes la pire bande de branle-panneaux qu’un télé-crochet ait jamais portée (1). Prenez Henry Mondovino (oui, c’est Padovani mais on n’arrive pas à retenir). Un vieux monsieur qui tente de faire croire qu’il a fait partie de The Police ; résultat, il est bien puni, on lui a refilé les groupes à coacher (Car dans X Factor, chaque juré cornaque une catégorie de candidats : les plus de 25 ans aka « les vioques », les filles de moins de 25 ans, aka « les pisseuses », les garçons de moins de 25 ans aka « qui m’a piqué mon Biactol » et - rassurez-vous, on va bientôt sortir de cette parenthèse - les groupes aka « ça nous fera une petite formation avant d’aller chanter dans le métro »). En plus, Mondovino a perdu toute street credibility en arborant des vestes improbables, dénoncées par le comité international de la veste.

Passons sur le chanteur Christophe Willem, en charge des vioques de plus de 25 ans. Ah non, quand même. Déjà, la barbe, faut choisir : soit elle pousse, soit pas, mais cet infâme lichen, c’est non. Et puis Totophe, il faut doser ses emportements : s’exclamer, dans un sanglot étouffé : « Je ne suis pas fier d’être français » parce sa protégée a été éliminée, c’est un petit peu beaucoup. Oublions Olivier Schulteis et ses airs de grand manitou genre moi je suis un pro de la chanson (normal, il a écrit Mozart, l’opéra rock) pour nous arrêter sur Véronic Dicaire. C’est elle, la Québécoise grossièrement raillée dans notre précédent article alors que nous n’avions pas entendu le son de sa voix. C’est fait. « Wow, wow, wow », s’exclame-t-elle en écarquillant les yeux après chaque chanson façon lémurien halluciné. Variante, « Oh my God, j’me dzis lô ». Ou alors elle invoque les icônes « Céleune Dzion et Meuraya Cawi ». Avouez qu’elle pousse un peu le caribou, la Dicaire.

La deuxième mort de Johnny

Enfin, il y a cette faute de goût, impardonnable, expliquant à elle seule une bonne partie de l’absence de téléspectateurs : les candidats ne s’appellent pas Maryvette, Bérénice ou Raphaël mais Maryvette Lair, Bérénice Schleret ou Raphaël Herrerias. C’est quoi, cette nouveauté, de donner le nom des apprentis chanteurs ? Impossible pour eux, du coup, de se trouver par la suite un nom de scène chatoyant du style « Bérénice Starlight » ou « Maryvette Fusée ». En plus, immédiatement reconnus par leur patronyme, ils se feront lapider dans la queue à Pôle Emploi. Seuls les membres des groupes échappent à l’opprobre puisqu’ils ne sont identifiés que par le nom de leur formation. Mais là, misère : Omega, pour le trio de rockers (oui, ils sont maquillés sous les yeux) et 2nde nature pour la tripotée de minets tout droit sortis de la cuisse des 2B3. Après deux mois d’écoute attentive des prestations des candidats (ou « prestas », comme dit Chris Will), le constat est là encore identique : ça ne va pas. Les Omega sont responsables, après une reprise d’Allumer le feu, de la deuxième mort de Johnny Hallyday tandis qu’Alain Bashung, après l’Osez Joséphine de Bérénice Schléret, serait sorti du tombeau pour voter par SMS contre l’outrage. Vivement l’Eurovision, tiens.

(1) Et n’évoquons même pas leurs mentions, mardi dernier, de mystérieuses « chipolatas » et « merguez » laissant deviner d’avariés Dédéfis.

Paru dans Libération du 07/05/2011


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