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mercredi 15 juillet 2009 17:59

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Le bol du débutant

Rencontre avec Xavier Dolan, précoce cinéaste québécois.

par Christophe Ayad

tag : Cannes 2009

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Tout sur sa mère

Un premier film narcissique sur un homo rebelle.

Xavier Dolan vient d’avoir 20 ans et il est assez convaincu que c’est « le plus bel âge de la vie ». Ce garçon à l’air encore adolescent – Slimmy pour la mèche, Prince pour la taille et les lunettes de Wenders – était il y a encore trois mois « un nobody », comme il dit dans son français du Québec mâtiné d’anglicismes. Puis tout est allé vite. Son film, autoproduit et à peine sorti de la table de montage, est sélectionné par la Quinzaine des réalisateurs. A Cannes, il loupe la Caméra d’or mais rafle l’Art Cinema Award, le prix de la SACD et le « Regards Jeunes 2009 ».

Un premier film à 20 ans, c’est rare mais pas unique. « Samira Makhmalbaf était plus jeune », cite le jeune homme qui connaît visiblement sur le bout des doigts les sélections et les palmarès. Le jeune est peut-être sorti de nulle part mais il sait où il veut aller. Plus que ses poses arty un rien affectées, c’est la façon dont il a mené à bien son projet qui intéresse. A l’origine de J’ai tué ma mère, il y a une petite nouvelle écrite à 17 ans, le Matricide, à l’instigation d’une prof de français « un peu marginale ». A l’automne 2007, Dolan intègre la fac d’arts et lettres, option cinéma et communication. Déception. « J’ai senti que ma créativité était castrée. Tout était nivelé par le bas. Je n’étais pas entré là pour étudier la poésie québécoise sur la beauté des champs de maïs. » Au bout de quelques semaines, il « déserte » l’université, s’installe en colocation et reprend sa nouvelle dont il tire un scénario. Il réussit à la faire lire à Suzanne Clément, une actrice qui l’encourage à en faire un film et à qui, en échange, il promet un rôle si jamais il y parvient.

Le financement s’est révélé plus compliqué. Après lui avoir fait miroiter d’improbables investisseurs, son producteur a jeté l’éponge. Au Canada, il existe deux types d’aide au cinéma  : celles de Téléfilm Canada et celles de la Sodec (Société de développement des entreprises culturelles du Québec). Juin 2008  : Téléfilm Canada signifie à Xavier Dolan un « no go ». « J’ai alors investi toutes mes économies accumulées pendant les années où j’ai fait l’enfant acteur dans des pubs, des téléfilms et au cinéma. » 150 000 dollars canadiens (92 000 euros). Il tourne tout ce qu’il peut en vidéo HD. « Le tournage se déroulait dans l’ordre des scènes. Quand les goussets se sont vidés, j’ai monté ce que j’avais. Ça a été édifiant pour la suite. »

La Sodec débloque finalement des fonds en décembre 2008. Ce qui a permis de reprendre le tournage en janvier. Le budget total avoisine le demi-million de dollars canadiens. Sa mère n’a découvert le film qu’à la première, à Montréal  : il appréhendait un peu qu’elle prenne au pied de la lettre cette histoire de matricide fantasmé par un ado rebelle et homo. « Je lui ai expliqué que si j’avais voulu faire un documentaire sur elle, j’aurais mis des micros dans les pétunias, racontait-il à Cannes. C’est un film très intimiste, pas seulement sur la guerre mais aussi sur la réconciliation. »

Xavier Dolan ne sait toujours pas s’il sait faire un film. Mais tout ce qu’il a appris, c’est « à la dure ». « Je ne dis pas que les écoles ne servent à rien. Mais j’avais une urgence à raconter mon histoire, et les études, c’est long. Or, un film, c’est quelque chose d’éphémère, comme un flacon de parfum ouvert  : ça s’évapore. Je me suis formé en observant, enfant, ce qui se passait sur les plateaux de tournage et en voyant des milliers de films. C’est la somme de ceux que j’ai aimés – les premiers Godard, Gus van Sant, Hanecke, surtout la version américaine de Funny Games, Louis Malle pour les histoires qu’il raconte – qui définissent ma vision. Je ne dirais pas « mon style », je suis trop jeune pour ça. » Au moins, il est réaliste.

Publié dans Libération du 15 juillet 2009


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