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mercredi 18 mars 2009 17:47

  • télévision

Le business, cible du show

Exit Bush, la chaîne financière CNBC est la nouvelle tête de Turc.

par Maria Pia Mascaro

tags : comédie , polémique

Photo Comedy Central

NEW YORK de notre correspondante

La croyance populaire voulait que les émissions satiriques des chaînes américaines, fleurons des programmes de fin de soirée, regrettent le départ de l’administration de George Bush, cible facile avec ses manquements, sa culture du secret, ses excès. L’ancien président était une caricature à lui seul et ses bourdes à répétition pain bénit pour humoristes. Barack Obama, avec son sérieux, son ton professoral, ne permet pas pareille débauche de blagues. Surtout pas en début de mandat, alors qu’il surfe sur une forte vague de popularité. Mais les comiques ont trouvé leur nouvelle cible en se détournant du politique  : les financiers de haut vol et leurs « laquais ». Jon Stewart, animateur de l’émission satirique The Daily Show sur Comedy Central (1), vient de tailler un costard à la chaîne financière CNBC et rappeler, s’il en était besoin, la pertinence d’un show qui avait été sacré meilleure émission journalistique en 2004  !

Le coup de gueule d’un journaliste de CNBC, Rick Santelli, il y a quinze jours, contre le plan de sauvetage de Barack Obama en faveur des propriétaires pris à la gorge par leur dette hypothécaire, qu’il qualifie de « subside pour losers », met le feu aux poudres. Le sang de Jon Stewart, dont la réputation remonte à ses diatribes corrosives contre la complaisance de la presse au moment de l’entrée en guerre contre l’Irak, ne fait qu’un tour. Il fustige alors le journaliste, CNBC et son animateur vedette, Jim Cramer, un ancien patron de hedge fund, hôte gouailleur de l’émission Mad Money (L’argent fou), qui décortique jour après jour, dans un style qui mélange allègrement information et divertissement, les cours du jour à Wall Street et distille conseils sur les actions à vendre ou à acheter.

« Si j’avais suivi les conseils de CNBC, j’aurais un million de dollars aujourd’hui… pour autant que j’aie démarré avec une fortune de 100 millions », lâche Stewart, dénonçant la collusion entre les journalistes financiers et les patrons de la finance. Quelques jours plus tard, le comédien aligne une série de clips dévastateurs d’un Cramer incitant à acheter des actions Bear Stearns, cinq jours avant la faillite de la banque. Jim Cramer s’est certes excusé depuis, mais Stewart a trouvé son os à ronger. A tel point que NBC, la chaîne mère de CNBC, se sent obligée de faire tourner sa star sur les plateaux des émissions de ses différentes chaînes. Erreur  ! Jon Stewart sait qu’il a touché une corde sensible. La presse s’empare du face à face, dénonce le fonctionnement de la presse financière, « obnubilée » par les résultats à court terme de la Bourse, qui s’est montrée incapable de voir venir la crise. Stewart et Cramer font la une du USA Today, l’objet de commentaires dans le Washington Post et le New York Times et s’invitent dans les JT (sauf sur NBC…)

Bon prince, Jim Cramer accepte l’invitation de Jon Stewart, pensant que l’interview tournerait au pugilat verbal, exercice dans lequel il excelle. Mais Stewart prend sa cible à rebours. Pas d’excès, que des questions d’une désarmante simplicité. « N’y a-t-il pas un problème quand on vend de l’huile de serpent dans un flacon étiqueté boisson énergisante  ? » Cramer paraît intimidé, reconnaît ses erreurs, se réfugie derrière les dix-sept heures d’émissions quotidiennes. La vidéo fait le tour des blogs en quelques heures.

Malgré le malaise de CNBC, il n’est pas certain que son audience – qui tourne autour de 300 000 spectateurs par jour – soit affectée. « Leur problème n’est pas l’audience mais la qualité de cette audience. La chaîne s’adresse aux grandes fortunes pas au grand public », analyse Andrew Tyndall, auteur du Tyndall Report, qui recense le contenu des principaux JT. En revanche, Jon Stewart et ses pairs ne lâcheront pas de sitôt leur nouveau bouc émissaire. Le scandale des 170 millions de dollars de bonus que l’assureur AIG entend distribuer à ses cadres a braqué une nouvelle fois les projecteurs sur Wall Street. Le filon est inépuisable. Barack Obama peut respirer. Et trop content de prendre position dans le débat, son porte-parole, Robert Gibbs, osait même, à propos de l’interview de Cramer chez Stewart  : « Je me suis amusé. Je me suis dit  : voilà beaucoup de questions très dures, et je ne suis pas étonné que la vidéo de M. Cramer ne soit pas sur le site de CNBC aujourd’hui. » Des propos que Stewart pourrait bien lui retourner le jour où il décidera de critiquer l’administration Obama…

(1) Diffusé en France sur Canal +, en clair, le samedi à 8 h 05.

Paru dans Libération du 18 mars 2009


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