samedi 6 décembre 2008 22:20
Le « caïman » veut la peau du « requin »
Conflit d’intérêts. Berlusconi, propriétaire de trois télés, taxe Murdoch, son concurrent sur le satellite.
par Eric Jozsef
Rome, de notre correspondant
Silvio Berlusconi avait pratiquement réussi à faire oublier qu’il possède toujours le principal groupe de communication du pays, la plus grosse maison d’édition ou encore le club de football du Milan AC. Quatorze ans après l’entrée du Cavaliere dans l’arène politique, le Parti démocrate (PD) de Walter Veltroni continuait bien de vilipender le conflit d’intérêts de l’actuel chef du gouvernement, mais sans grande véhémence. Cette fois, c’est la vive irritation du magnat australien Rupert Murdoch qui a remis la question au centre des débats. Depuis lundi, la chaîne d’information de son bouquet satellitaire Sky diffuse en effet un spot qui appelle les téléspectateurs à se mobiliser contre une mesure adoptée en Conseil des ministres. Dans le cadre d’un plan anticrise, celle-ci prévoit le doublement de la TVA (de 10 % à 20 %) pour les abonnements aux bouquets satellites. Le texte, qui devrait rapporter 210 millions d’euros à l’Etat, touche directement Sky. Avec ses 4,7 millions d’abonnés et ses 170 chaînes, le bouquet de Murdoch couvre plus de 90 % du secteur. « Si le Parlement ne bloque pas cette mesure, cette augmentation des taxes sur votre abonnement Sky entrera en vigueur le 1er janvier prochain », avertit le spot et conclut : « Si vous pensez que la décision est une erreur, écrivez au secrétariat du président du Conseil. » Les animateurs vedettes du groupe sont mobilisés pour contester cette hausse de 1,2 euro à 6 euros par mois selon le type d’abonnement. « Pourquoi les taxes augmentent-elles seulement pour la télévision à abonnement ? » s’est interrogé, polémique, Tom Mockridge, l’administrateur-délégué de Sky. Sous-entendu, pourquoi les économies budgétaires ne frappent-elles pas les trois télévisions hertziennes de Mediaset, le groupe de communication du président du Conseil, qui bénéficient entre autres de concessions à prix dérisoire ? « C’est toute l’anomalie de Berlusconi. La mesure double les charges fiscales pour la concurrence », a pointé Massimo D’Alema, l’un des responsables du PD. En réponse, Berlusconi a indiqué qu’il sera lui aussi pénalisé puisqu’il possède un bouquet satellite, mais l’effet financier sera très marginal puisqu’il ne détient que 5,4 % du marché. Puis il a suggéré que l’augmentation était réclamée par l’Europe : « Nous avons supprimé ce privilège et imposé à Sky une TVA égale à celle des autres. » Alors que la mesure lui aurait déjà coûté entre 3 et 5 points dans les sondages –surtout auprès des classes populaires, qui constituent le gros des abonnés de Sky pour le Calcio et le cinéma–, Berlusconi assure pour l’heure qu’il ne « fera pas marche arrière ». Il préfère contre-attaquer en accusant la gauche de défendre Murdoch et les « riches », mais aussi en invitant les directeurs des quotidiens du pays à « changer de métier » pour l’avoir critiqué dans cette affaire. La presse italienne se délecte de ce combat audiovisuel entre le « requin » Murdoch et le « caïman » Berlusconi. Paru dans Libération du 4 décembre 2008
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