samedi 17 juin 2006 12:28
Le chéri Chibi de la maison
Venu du Japon, l’adorable « Chibi-Robo ! » mène le joueur dans une aventure domestique en 3D classique, mais très soignée.
par Pierre Gaultier
tag : Japon
Chibi-Robo ! pour GameCube, Nintendo, 50 euros.
Le souci du détail, la qualité de la finition, le perfectionnement inlassable d’un même concept au fil des années : autant de traits caractéristiques des grands studios japonais. Développé par Skip et supervisé par Nintendo, Chibi-Robo ! incarne pleinement cette délicatesse d’exécution. Ce jeu d’aventure - action en 3D met en scène un adorable robot domestique de 10 centimètres de haut, offert par un père de famille à sa fille. Le but : aider les nombreux personnages qu’il rencontre. En accumulant de l’autonomie, des outils, des costumes, des matériaux ou du temps, le héros peut graduellement explorer chaque parcelle de la maison. Il cherche un objet défini et retrace le chemin qui y mène en observant l’environnement et la carte, il saute d’une plateforme à une autre sans tomber, utilise un ustensile au moment adéquat, il tire sur des ennemis robots, active des portes ou des mécanismes... Des actions banales pour les joueurs familiers du genre. Pourtant, dans Chibi-Robo !, elles se transfigurent souvent en miniexpériences sensorielles, rendues étonnamment réjouissantes et fraîches par le soin apporté à l’animation, au système de contrôle, au graphisme, et surtout au design sonore. A chaque type de mouvement opéré ou de surface foulée correspondent des mélodies et des instruments particuliers qui se déclenchent puis s’arrêtent en cadence. Air de guitare sèche lorsque Chibi nettoie le sol avec une brosse à dents, notes de xylophone associées au bruit de ses pas quand il marche sur du carrelage, savoureuse musique électro qui s’accélère lorsqu’il avance rapidement... Chibi-Robo ! rappelle que, parfois, les mécaniques d’un jeu vidéo sont moins importantes que la façon dont elles sont présentées. Sous des dehors excessivement mignons et enfantins, Chibi-Robo ! révèle toutefois, très vite, des tonalités plus douces-amères, plus réalistes. Il s’approche discrètement de la chronique sociale, sans se prendre au sérieux. Peu à peu, en découvrant la maison aux différents moments de la journée (des parties diurnes et nocturnes se succèdent toutes les dix minutes environ), le petit héros comprend la nature des relations entre les personnages, et leurs soucis quotidiens. La mère refuse l’accès de la chambre conjugale à son mari – un chômeur « adulescent » et oisif qui ne cesse d’acheter des babioles –, la petite fille, mutique et constamment vêtue d’un costume de grenouille, s’assied dans un coin en pleurant après avoir entendu ses parents se disputer, des factures impayées traînent sur les meubles... Et, comme dans Toy Story, des jouets et des animaux habitent la demeure : une grenouille déshydratée se meurt dans le jardin, un justicier bidon – façon Buzz l’éclair et Bioman – patrouille dans le salon... Leurs problèmes touchants ou ridicules, que Chibi résout librement, confèrent rythme et variété à une aventure fatalement moins ample qu’un Zelda, mais remarquable de précision.
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