mercredi 10 juin 2009 18:46
«Le cinéma et la BD n’ont rien à voir»
Riad Sattouf revient sur ses Beaux Gosses.
par Christophe Ayad
tags : bande dessinée , comédie
DR
Les Beaux Gosses de Riad Sattouf avec Vincent Lacoste, Anthony Sonigo, Alice Tremolières, Noémie Lvovsky… 1 h 30.
A 31 ans, Riad Sattouf est un auteur reconnu de bandes dessinées (Pascal Brutal, No Sex in New York, Ma circoncision, etc.). Déjà scénariste pour la série télé de Joann Sfar Petit Vampire, les Beaux Gosses est son premier film. BD et cinéma
Scénario
Acteurs
Tournage
Montage
Teen movies
Paru dans Libération du 10 juin 2009
Ce que j’ai découvert en faisant les Beaux Gosses, c’est que le cinéma et la BD n’ont rien à voir. La BD, c’est comme l’écriture : quand j’avance, je fais tout en même temps, le texte, les images. Au cinéma, il y a une grammaire entièrement différente qui fait que je n’ai pas pu me reposer mon expérience de dessinateur. Quand je dessine, je me rends compte après coup de ce que j’ai fait. Pour le film, je me suis demandé quels thèmes je voulais aborder. J’avais envie d’un film sur le monde secret des garçons, les expériences que j’ai pu avoir avec mes potes, mais sans que ce soit autobiographique : j’étais beaucoup plus timide et moins dévergondé que les personnages de mon film. J’ai donc construit ma petite histoire et je me suis retrouvé avec la première version du scénario.
L’écriture d’un scénario est beaucoup plus longue et complexe que celle d’une bande dessinée. La construction doit être vraiment plus solide que dans la BD, où je recherche quelque chose de plus expressif, de plus direct et spontané. Au cinéma, la spontanéité, je voulais la trouver chez les comédiens, pas dans l’histoire. J’ai dû faire des grands schémas avec tous les ressorts dramatiques.
Au début, je me suis dit : «Tu es dessinateur, tu pourrais faire un story-board.» Mais dès que j’ai rencontré les comédiens, j’ai décidé de partir d’eux, de ne pas les enfermer dans des personnages de BD. Je voulais les filmer dans leur jus, partir des difficultés qu’ils pouvaient avoir à bouger leurs corps. On a pas mal répété, on a aussi mélangé des improvisations. J’ai les ai choisis parce qu’ils étaient capables de s’approprier le texte pour le dire à leur façon, sans être trop lents. Quand ils avaient des problèmes, je réécrivais. Le comédien dont je suis le plus fier, c’est Jean-Pierre Haigneré, le cosmonaute français qui a travaillé six mois sur la station Mir et qui joue le prof de techno. J’ai une admiration sans bornes pour lui. Quand j’étais petit, je voulais faire pilote.
Le tournage, c’est effrayant quand on est dans le fantasme et la préparation. Mais finalement, ça se fait de manière très naturelle. J’ai eu la chance de pouvoir choisir tous les membres de mon équipe : le chef opérateur, l’assistante, le chef déco, etc. Quitte à devoir se supporter pendant huit semaines, j’ai choisi des personnes qui avaient tendance à rire à mes blagues. Pendant le tournage, j’ai continué à faire de la bande dessinée. C’est plus calme physiquement, même si c’est aussi stressant psychologiquement.
Je regardais les rushes en me disant : mais qu’est que ça va donner ? Finalement, c’est très jouissif de voir le truc se faire peu à peu, d’être obligé de l’oublier pendant quelques jours pour le reprendre, repérer les défauts, corriger. J’ai adoré ça.
En France, il y a des films sur les ados, mais on les prend souvent comme un phénomène, une espèce un peu étrange ou un problème. Je sais pas à quoi ça tient. Je voulais me mettre à leur hauteur et regarder le monde de leur point de vue. Le film ressemble à ce que je voulais. Si c’est un flop, je l’assume.
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