jeudi 23 juin 2011 11:43
« Le .com est devenu un fourre-tout »
par Julie Hamaïde
tags : interview , sécurité , nom de domaine , adresse IP
Lundi, l’ICANN annonçait la création future de nouvelles extensions génériques gTLDs — formées de trois lettres et plus — , une idée lancée par le GNSO (Generic Names Supporting Organisation), haute instance de l’ICANN présidée par Stéphane Van Gelder.
Pourriez vous revenir sur la volonté de l’ICANN d’ouvrir les extensions génériques gTLDs aux entreprises et grandes villes ? Avant tout, ce n’est pas uniquement réservé aux entreprises et grandes villes. C’est ouvert à tout candidat qui n’est pas un particulier. L’idée est de permettre de passer de 22 extensions génériques à un nombre d’extensions génériques sans limite et ainsi obtenir un meilleur ciblage du type d’utilisation proposée par un site. Aujourd’hui le .com a perdu toute signification en terme de pointeur de contenu. Quelle sera la procédure à suivre pour avoir une extension à son nom ? Il faut faire un dépôt de dossier au près de l’ICANN, entre le 12 janvier et le 12 avril 2012 où le candidat devra montrer sa capacité technique, financière et humaine de gérer l’extension. Ensuite il devra payer une taxe syndicale de 185 000 dollars. C’est une procédure très coûteuse : 185 000 dollars (130 000 euros) pour l’évaluation puis 25 000 dollars (17 500 euros) par an et par extension... Oui, il s’agit là de gérer une extension, de mettre en place quelque chose de solide qui ne risque pas de casser. Ce n’est pas un dépôt de nom de domaine à quelques euros, c’est un investissement en terme humain et technique. L’ICANN travaille dessus depuis 2008 et à déjà dépensé plus de 20 millions de dollars en préparation pour être sûr de bien faire les choses. Pourquoi tant d’argent mis en jeu ? Déjà pour recouvrer les frais engagés, mais aussi pour financer les besoins supplémentaires avec cette arrivée des nouvelles extensions. C’est cher, mais à l’échelle globale ce n’est pas si cher que ça pour pouvoir contrôler son espace de nommage. Ce changement va-t-il être brutal pour l’internaute ? C’est un changement graduel. Les premières extensions n’arriveront pas avant 2013. C’est un travail de longue haleine pour informer les gens. On ne change pas le système actuel. A terme, c’est l’attitude des internautes sur l’internet qui changera. Demain, si j’ai un .assurance je sais que j’y trouverai de l’assurance. Le .com est devenu un fourre-tout. Concrètement, on va passer de www.facebook.com/Mr-untel à www.Mr-untel.facebook ? Exactement. Facebook a déjà insinué qu’il ferait précisément ça. Quelles entreprises ont déjà montré leur intérêt pour ces nouvelles extensions ? Plusieurs projets de ville sont déjà connus : Paris, Londres, Hambourg, mais aussi la région Bretagne, le .shop ou le .sport. L’entreprise japonaise CANON, spécialisée dans l’imagerie, s’est aussi dite intéressée. C’est une stratégie intéressante car elle associe très rapidement un nom générique, qui existe en plusieurs langues, à l’extension. Dans les mois à venir, les internautes vont subir de nombreux changement. Les extensions, mais aussi le passage de l’IPv4 à l’IPv6… C’est quelque chose de très différent. On passe du nommage à l’adressage. L’IP est un peu le numéro de téléphone sur internet. L’adressage a été créé sur la norme IPv4 en pensant qu’il n’y aurait aucun problème de pénurie, mais on voit aujourd’hui une explosion du nombre de machines qui se connectent, notamment avec les smartphones ou les tablettes numériques. La pénurie risque d’arriver en 2012-2013 et l’IPv6 permettra un nombre d’adresses beaucoup plus grand. On va voir une transition graduelle, qui n’a pour le moment pas de calendrier. Avec l’IPv6 on parle aussi de dangers liés à la sécurité des données sur internet. Si tout le monde peut avoir une adresse IP, chacun peut être localisé, surveillé… Qu’on soit sur IPv4 ou IPv6 ça ne change rien. Dès que vous vous connectez vous avez une adresse IP. C’est pareil. En terme de sécurité, ces nouvelles extensions auront-elles un apport bénéfique ? Pour vous donner un exemple, avec ce nouveau nommage, on ne se fera plus avoir par des mails frauduleux des banques. Si la BNP est en mesure de prendre un .bnp, elle pourra dire à ses clients que tous les autres noms de domaines ne sont pas de chez eux. Ainsi, lorsqu’il verront un « j’aimelabnp.com », ils sauront que ça ne vient pas de la BNP. Et la banque peut empêcher d’enregistrer n’importe quoi sous .bnp. Au niveau des transactions financières la BNP n’aura plus non plus à passer par le .com. Les villes auront donc la possibilité de refuser que certaines entreprises viennent sous leur extension, comme Pékin par exemple… S’il y a un .pekin, Pékin fixera les règles. Aujourd’hui les chinois ont une extension .cn et peuvent déjà fermer leur extension aux entreprises étrangères. La Chine pourrait décider que plus personne ne passe par son internet, mais il s’agit là d’un type de gouvernement. Les nouvelles extensions ne sont rien d’autre que du nommage supplémentaire. Avant l’extension, il y a un tuyau, et c’est le pays qui décide de fermer ou non ce tuyau.
Egalement directeur général de la société Indom spécialisée dans la gestion de noms de domaine, Stéphane Van Gelder revient pour nous sur cette annonce, évoquant à l’occasion le passage à l’IPv6 et la sécurité sur internet.
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