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mercredi 23 juillet 2008 08:11

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Le culte « Hulk »

L’incroyable Norton transcende le héros verdâtre de l’« american dream » au milieu d’un fatras d’animations poussives.

par Bayon

tags : bande dessinée , 3D

DR

L’Incroyable Hulk, de Louis Leterrier, avec Edward Norton, Liv Tyler, Tim Roth..., 1h52. incrediblehulk.marvel.com

« Je ne veux pas contrôler cette force, je veux m’en débarrasser », dit Edward Norton le héros. « Mais c’est en toi… », lui dit sa fiancée Liv Tyler, rêve amoureux pour petits garçons attardés - toute laiteuse, si molle et dolente. C’est tout le problème, et le film : que faire de ça ?

Le film répond pragmatiquement en interrompant un coït dangereux entre la Belle et le Hulk expansif. Dangereux pour qui ? On n’ose songer à tant de verdeur surtendue... Norton répond idéalement par le débat moral, l’éthique du dépassement, l’amour ; avec l’aide du lâcher-prise, des techniques de respiration capoeira, pour ménager la pulsion animale, lorsque la fureur monte en bouffée de fièvre verte aveuglante, délirante. Ne manque que le truc de la tête dans le sac plastique pour rétablir le taux de CO2 en hyperventilation…

Edward Norton, meilleur acteur de sa génération et catégorie, mine de rien, répétons-le, rajeunit comme d’habitude depuis quinze ans, tout en imperfection de douceur intime, quasi évanescent à force de feutré dans le geste, la voix, et le regard de chien battu, dans la peau du monstre vert.

DR

Tim Roth en revanche, autre fétiche maison, ado prolongé dans le récent Funny Games Remix, du bon (mauvais) côté du manche, fait rire lorsqu’à la question « Quel âge avez-vous ? 45 ? », il répond : « Non, 39 », alors qu’il en accuse là 60 bien tapés ; à contre-emploi d’autant plus exponentiel en guerrier de l’enfer, vu sa complexion chétive. L’échange avec cet enfant sénescent se concluant au fait en « Ça use, hein... » Voire.

Tim Roth, pour qui avait été créée une palme spéciale de l’abjection à l’époque de Rob Roy (1995), surjoue platement, si l’on peut dire, l’ennemi de l’Incroyable Hulk dernier cri, le Sur-Hulk, monstre du monstre en soi… Là où Hulk-Norton veut « s’en délivrer », Roth-Hulk veut s’y vouer corps et biens, car la puissance est Dieu.

En appoint, outre la gente Liv vulvaire, son papa galonné William Hurt, campant le connard à sardines GI diplômé, bon pour l’Irak - et l’Armageddon bionique imminent.

Après cela, on pourrait déplorer la nullité crasse des animations verdâtres (sur toits d’immeubles ou avenues) au temps du morphing. Jusqu’à ce qu’on saisisse qu’« ils le font exprès ». Comment, pourquoi ? Pour remplir le contrat comics. L’illusion « illustrés » n’y serait pas sans ces figurations débiles à l’image du thème même, quintessence d’« américonnerie ». Au moins auraient-ils pu faire ressembler Hulk à Norton ? Oui, non ; car alors, ce ne serait plus si Marvel Comics. Trop de 3D tue la BD. Autant dire que la médiocrité virtuelle est un bon point paradoxal au crédit de la réalisation distanciée - et voilà tout bien expliqué.

Française, la réalisation, soit-dit en passant : le cinéaste Louis Leterrier a été formé à la haute-école export croisée Jean-Pierre Jeunet-Luc Besson, d’Alien à Jeanne d’Arc via Transporteur .

Le cahier des charges 3BD, après cela, reste lourd : bagnoles fracasseman, hélicos crashés, bazookages et pyrotechnies, bowling de buildings, quartiers pilonnés, milliers de morts, panique millénariste… - comme dans chaque blockbuster kingkongo-catastrophico-iron-batmaniaque bi-hebomadaire. Soit le pire du film comme du cinéma, de Paris à Bollywood.

DR

Le meilleur de l’Incroyable Hulk new look vieux jeu du jour revient ainsi au contre-performant, au fantastique littéraire c’est-à-dire entre les lignes, suggéré, avec la touche de romantisme qu’apporte classiquement la composition effacée de Norton. Ce n’est pas Hulk le sujet, mais l’homme invisible lambda que la folie des grandeurs éprouve. « Voilà un homme qui a tout perdu, dit volontiers Norton du type. C’est cet aspect qui nous touche. »

Ce Jekyll étant scientifique et bien, c’est encore mieux. Les extérieurs, favelas puis Colombie-britannique, les deux oniriques, donnent corps au héros dans ce qu’il a de plus brownien, passant, sorti du rang des vivants par humanité - moins pour échapper à ses pouvoirs affreux et en protéger ses semblables, que pour gard er lesdits pouvoirs de ceux qui les convoitent à des fins inhumaines.

Traqué par l’univers entier, et spécialement le Pentagone, semi-mort tel le mutant lycanthrope , autre néo-Universal Soldier (Van Damme mort robotisé en clone de Frankenstein militaire immortel), Hulk le surviré c’est Faust à l’envers : comment ne plus être surhumain ? « Je ne veux pas contrôler ça. Je veux en être débarrassé… » - comme on disait.

Résumé : rien qu’une moitié de cet incroyable navet, forcément mauvais et d’ailleurs planté au box-office, moitié distinguée par l’incroyable grâce du simple Norton, suffit à faire du film l’Incroyable Hulk celui de notre semaine.


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