Le démon du cinéma et du gamer m’habite
par Olivier Séguret
tags : festival , Festival de Cannes , Moi jeux
L.A. Noire - Photo Rockstar
Reconnaissons-le : cette chronique est aussi un espace de lobbying. Notre commanditaire n’est pas tel ou tel riche studio de jeux vidéo ni aucun des trois grands constructeurs de machine à jouer qui se disputent férocement le marché. Non, la puissance occulte qui nous gouverne, la seule à qui nous devons rendre compte et au triomphe de laquelle nous ne cessons de travailler, c’est le grand Léviathan de l’industrie tout entière, c’est l’Armageddon de la culture du jeu vidéo dans son ensemble et pour elle-même. Bref, c’est le diable, et nous souhaitons son avènement partout et pour toujours. Ceci posé, convenons aussi que nos affaires tournent bien. Pas un jour ne se passe sans que le grand Satan du jeu vidéo ne torde le poignet du monde réel (pouah !) pour lui faire signer des pactes diaboliques avec les paradis artificiels du virtuel. Ainsi, c’est avec un étonnement ravi que nous avons appris la signature d’un nouveau traité entre le prestigieux festival new-yorkais Tribeca et la non moins prestigieuse maison Rockstar (berceau de GTA et de Red Dead), qui va profiter de l’événement cinéphile new-yorkais pour assurer la promotion intelligente de son nouveau joyau, L.A. Noire, polar interactif au parfum de Black Dahlia, et lui-même imbibé de cinéphilie à l’ancienne. Des extraits de cinématiques et des séquences exclusives du jeu parmi les plus attendus de l’année seront dévoilés à un public ultracinéphile, en prélude à une conférence sur la convergence des deux industries. Oui, tout cela est troublant et terriblement incestueux, mais le festival de Tribeca, qui démarre le 20 avril, est tellement enivré par la perspective de jeter des ponts entre les scènes du jeu et du cinéma qu’il revendique haut et fort son engagement, comme l’a prouvé sa directrice Beth Janson au site pro Gamasutra : « Nous voulons connecter les gens, les mondes, les cinéastes et les développeurs qui comprennent ces deux univers. Ces mondes se rapprochent sans cesse par leurs métiers, leurs techniques, et nous voulons encourager ce mouvement. » Pour être encore plus crédible dans ce rôle de cheval de Troie, le festival a aussi créé, via le Tribeca Film Institute, son bras philanthropique, la distribution d’un fonds annuel de 750 000 dollars pour encourager les initiatives qui contribuent à ce rapprochement entre la production des films et celle des jeux. Pendant ce temps, le roi des festivals joue au bel endormi. Cannes, qui s’est pourtant toujours placé à l’avant-garde des mutations et fut souvent un éclaireur de la modernité, n’a pas encore trouvé un moyen de faire une place, même polémique, à l’infernal rejeton du cinéma. Mais au fait : cette année, le fondateur de Tribeca est justement président du festival de Cannes, un certain De Niro… Un signe ?
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