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mercredi 12 décembre 2007 16:48

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« Le détroit de la faim », épopée sociale

Tomu Uchida signe une merveille d’humanité et de mise en scène élégante et discrète.

par Edouard Waintrop

tags : cinéphilie , Japon , le coin du cinéphile

« Le détroit de la faim ». DR

« Le détroit de la faim » (1965), de Tomu Ichida, avec Rentaro Mikuni, Sachiko Hidari, Junzaburo Ban et Ken Takakura, 2h55 , Wild Side-Les introuvables, 20 euros
Et coffret Wild Side réunissant outre « Le détroit de la faim », « Le mont Fuji et la lance ensanglantée » et « Meurtre à Yoshiwara », 55 euros.

En 2 heures et 55 minutes, Tomu Uchida raconte le meurtre d’un prêteur sur gages dans l’immédiate après guerre, la fuite des trois meurtriers, la survie d’Inugai, le plus malin des trois, un terrible naufrage qui fait des dizaines de victimes, l’enquête de la police, les amours apeurés du meurtrier et d’une prostituée, Yaé, dix ans de galère du lieutenant Yumisaka, flic obstiné et sympathique mais pas très heureux qui cherche à élucider les meurtres, dix ans d’une autre vie pour le proscrit meurtrier, etc. Et trouve le moyen de ménager une fin somptueuse.

Autant dire que l’on ne s’ennuie pas et que ce film, apparemment un polar, tient bien de l’épopée agrémentée d’un réalisme social très cru. C’est surtout une merveille d’humanité et de mise en scène élégante et discrète. Il faut dire que Tomu Uchida (1898-1970) appartient à la grande génération du cinéma japonais, celle des réalisateurs de l’âge d’or, les Mizoguchi, Kurosawa, Ozu, Naruse. Il s’est fait remarquer dès les années 30, avec le Policeman (Keisatsukan), par sa capacité à rendre l’atmosphère des rues, la rudesse du propos et l’utilisation par le réalisateur de la lumière à la manière des expressionnistes. Toutes caractéristiques qui font d’Uchida une sorte de précurseur du « film noir » tel que les Américains en produiront à partir des années 40. Dans les années 50 et 60, il a poursuivi son œuvre, en réalisant Le mont Fuji et la lance ensanglantée (un film de samouraï, en 1955), Meurtre à Yoshiwara (un policier, en 1960) et donc, cinq ans encore plus tard, ce Détroit de la faim.

Ce dernier peut passer pour une version très pessimiste des Misérables, où Jean Valjean-Inugai n’aurait pas volé du pain mais assassiné une pléiade de contribuables. Puis, avec l’argent récupéré, serait lui aussi devenu une sorte de monsieur Madeleine alias Tarumi san, respectable et généreux. Cosette serait Yaé, une geisha amoureuse, qu’Inugai aurait connue au moment de sa fuite et qui l’aurait retrouvé alors qu’il est devenu un notable considéré. Quant à Javert, ici Yumisaka, c’est un brave bonhomme de flic, un excellent psychologue qui n’a pas eu de chance dans son enquête mais pourra prendre sa revanche. Car monsieur Tarumi, dépourvu du bon fond de Valjean, rechutera dans le crime quand il se sentira en danger. Le détroit de la faim est un film romanesque et noir. Un petit chef d’œuvre à se faire offrir seul ou en coffret avec deux autres Uchida.


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