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samedi 22 décembre 2007 08:06

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Glitter : Net et brillant

Un vent de folie ringarde souffle sur les sites perso, qui ruissellent de strass et de paillettes à gogo.

par Marie Lechner

tags : net-art , GIF , culture Internet

DR

Pour Noël, mettez du glitter dans vos pages web. En quelques clics, votre site sera beau comme un sapin de Noël, plus scintillant qu’une guirlande électrique, éblouissant comme les vitrines des grands magasins. En cette période de festivités où les paillettes ornent jusqu’au croupion de la dinde, faites ruisselez vos pages d’images étincelantes et triompher l’esthétique bling bling.

Pour transformer son site en boule à facette, rien n’est plus simple. On glane dans les collections d’images prêtes à l’emploi. Autrement, pour une déco plus personnalisée, les générateurs de glitters (« scintillements ») pullulent. Il suffit d’écrire un texte qui se met à briller de mille feux sitôt passé par la moulinette du générateur. Les plus évolués permettent de télécharger une image de son choix, d’y coller toute une gamme de brillants, de textes clignotants etc. Et hop, on la colle directement dans sa page MySpace. « Le glitter est devenu un symbole de l’esthétique amatrice actuelle », note Olia Lialina dans un passionnant essai, Vernacular Web 2, consacré au folklore digital. La Net artiste et critique russe s’intéresse plus particulièrement à la culture populaire du webdesign. D’après elle, le glitter « va devenir un symbole de l’époque au même titre que le panneau “en construction” dans les années 90. »

Rappelez-vous, c’était au siècle dernier  : le Web était un foutoir de pages persos criardes et bordéliques, morcelées en frames, aux fonds d’écrans cosmiques tapissées d’étoiles, bourrées de boutons clignotants, de GIF animés et autres fichiers Midi. Le Web, alors, « était chatoyant, riche, personnel, lent et en construction, résume Olia Lialina. Les pages étaient construites dans l’espoir du lendemain, de connexions meilleures et d’ordinateurs plus puissants. Ce Web des indigènes ou des barbares […] était un Web d’amateurs qui allaient bientôt être dégagé par les ambitieux dotcom, les outils professionnels et le design des experts. »

DR

On croyait cette esthétique ringarde à jamais éradiquée par les dictateurs du bon goût et de l’efficacité, mais la voilà qui resurgit, notamment sur MySpace. « Les pages des utilisateurs amateurs se distinguent aussi nettement de celles des professionnels qu’alors », constate la théoricienne. A cette nuance près  : les attractions clignotantes contemporaines sont loin d’être aussi créatives que les fameux GIF animés de l’époque. « C’est discipliné et formaté. […] Ces images glitter sont toutes similaires et totalement insipides, même les filles dénudées dans la catégorie “glitter/erotic” ne bougent pas, elles ne font que scintiller, figées dans l’espace. C’est ce qu’on obtient quand les formats et les générateurs dirigent le Web », déplore cette amoureuse du GIF.

Néanmoins, le fait que les images glitter soient faciles à générer n’est pas l’unique raison de leur popularité. Le glitter évoque l’imagerie de Las Vegas ou l’esthétique bling bling de la culture hip-hop, qui valorise les images ostentatoires dans ses clips. Danah Boyd, de l’université de Berkeley, oppose le look flashy de MySpace au design sobre et clean de Facebook. Préférences esthétiques qui recoupent des clivages de la société américaine. Les adeptes de MySpace seraient plutôt les bad boys issus de classes modestes et ceux de Facebook des étudiants appartenant aux classes supérieures. D’après Olia Lialina, Facebook n’est toutefois pas à l’abri de la fièvre du ghetto glitter, puisque depuis août, un service comme Blingee.com permet de se faire des profils à paillettes, compatibles avec Facebook.

Clôde Coulpier et Fanette Muxart, jeunes artistes, explorent eux aussi cette fascination pour les choses qui brillent dans leurs travaux. Dans Life Is Wonderful, Clôde Coulpier glitterise à outrance les logos de marques, rejouant « la séduction surabondée que sont les logos comme formes de communication plaisantes. Ce qui m’intéresse dans le glitter, explique-t-il, c’est d’une part ce qu’il cache, son côté “camouflage vicelard”, sa capacité à faire diversion. Et puis il y a la fascination pour ses mouvements statiques. »

Le phénomène glitter et les fonds d’écrans étoilés des débuts du Web se ressemblent, estime Olia Lialina, mais il y a une énorme différence entre les deux. « Les fonds d’écrans étoilés représentaient le futur, une relation touchante avec le médium de demain. Le glitter décore le Web d’aujourd’hui, routinier et allant de soi. »


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