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lundi 5 décembre 2011 18:49

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Le gouvernement à data sur les données

Après plus d’un an de travail, le portail Data.gouv, lancé ce matin, regroupe de nombreuses données publiques jusqu’ici dispersées. Une petite révolution pour la citoyenneté en ligne, malgré ses limites actuelles.

par Sophian Fanen

tags : visualisation de données , open data

Photo okfn, CC by

C’est un début. La mission interministérielle Etalab, chargée depuis juin 2010 de mettre en place le premier portail gouvernemental donnant accès aux données libres (open data), a lancé la bête ce matin.

On trouve donc sur Data.gouv, encore en version beta, quelque 350 000 fiches regroupant des données aussi diverses que le budget de la France ou les coordonnées géographiques des principaux aéroports du pays.

« L’objectif était d’avoir pour la fin de l’année une plateforme opérationnelle à la mesure de l’engagement de transparence voulu par le gouvernement, » explique à Ecrans.fr Séverin Naudet, le directeur de la mission Etalab. De fait, tous les ministères ont ouvert leurs données (Intérieur, Éducation, Transports...), mais la plupart du temps se contentent de regrouper des informations déjà disponibles en ligne et donc déjà trouvables via le portail privé Data Publica, largement consacré à la vente de ces données (et dont l’avenir est donc en question), ou sur la version open créée par le collectif Regards citoyens, qui milite pour l’ouverture des données : Nosdonnées.fr. Côté collectivités territoriales, seules quatre administrations participent au mouvement pour l’instant : le Conseil général du Loir-et-Cher et les villes de Coulommiers, Longjumeau et Saint-Quentin. Auxquels on peut ajouter Paris, qui a créé il y a peu son propre portail open data.

Répartition de la nouveauté des données mises à disposition à l’ouverture de Data.gouv selon Regards citoyens

Regards citoyens s’est dit ce matin « heureux » de l’ouverture de Data.gouv, tout en pointant ses limites actuelles. « Etalab affirme avoir mis à disposition 350 000 fiches, mais il s’agit plutôt de 500, étant donné que plus de 200 000 de ces données proviennent de l’éclatement commune par commune du dernier recensement de l’Insee, selon Tangui Morlier, cofondateur du collectif. Quoi qu’il en soit, c’est un pas en avant très positif, d’autant que la directive européenne qui est à l’origine de cette ouverture oblige les administrations à répondre aux demandes des citoyens qui demandent à avoir accès aux données, mais pas à les mettre à disposition dans un portail. C’est donc positif démocratiquement. Il était auparavant très difficile de trouver certaines données enfouies dans les sites des administrations, ou disponibles en PDF et donc inexploitables par une application. Enfin, certaines bases de données étaient vendues très cher. » C’est le cas par exemple, selon des documents de travail communiqués ces derniers mois par Etalab, de la base de données des établissements scolaires français, licenciée 120 000 euros par an par le ministère de l’Éducation nationale et désormais dispersée en plusieurs fiches sur Data.gouv.

Regards citoyens regrette aussi l’absence, entre autres données attendues au tournant, de la base des marchés publics ou de celle du prix du pétrole. « Il y a des enjeux économiques certains derrière ces données, continue Tangui Morlier. La base des prix du pétrole commune par commune, dont on peut imaginer l’intérêt pour le public comme pour les entreprises concernées, a un temps été mise à disposition par la Direction de la répression des fraudes [via le site Prix-carburants.gouv.fr], avant que le gouvernement décide de monnayer son utilisation sous licence pour 38 000 euros, ce qui limite son accès aux professionnels. »

Enfin, dernier problème pointé par le collectif, la multiplication de formats propriétaires limite, selon Regards citoyens, l’utilisation de ces données par des tiers. Réponse de Séverin Naudet d’Etalab : « La circulaire du Premier ministre qui nous a donné notre cahier des charges fixait les différents types de formats de fichiers possibles, avec pour objectif de livrer des fiches de données lisibles par tous. Nous avons respecté cette demande. » En pratique, pas de format exotique au programme, mais effectivement un mélange de formats ouverts (ODS, ODT, CSV...) ou propriétaires (XLS) là où une unification en open source aurait été souhaitable. Etalab affirme travailler sur ce point pour la prochaine version de Data.gouv, ainsi que sur les limites de l’indexation du site. Chercher les chiffres de la sécurité routière en tapant « accidents de la route » ne donne ainsi... aucun résultat. Il faut à la place se mettre dans la peau d’un chercheur et taper « accidentalité routière ». On fait plus simple.

Répartition des formats de fichiers constatée par Regards citoyens

Malgré ces défauts et lacunes qui doivent être corrigés avec le temps et l’usage, Data.gouv est une mine d’informations. Reste maintenant à voir ce que le public et les entreprises vont en faire. Une carte des violences comme en Grande-Bretagne ? Ou une carte de la qualité de l’air ou de l’eau au Canada, pays très en avance sur l’ouverture des données. Etalab doit lancer en janvier Dataconnexions, un « programme de soutien à l’innovation » dans le domaine. La data a donc de l’avenir.


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