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Le pari des jeux d’argent en ligne

vendredi 6 mars 2009

  • internet

Le gouvernement parie sur le Net

En ouvrant les paris sur Internet au poker, aux sports et aux courses hippiques, l’Etat espère ramasser la mise grâce aux rentrées fiscales

par Christophe Alix, Gilles Dhers

tag : paris en ligne

Illustration Séverin Millet

Tout sourire et tous gagnants. Les casinotiers, les responsables du mouvement sportif, les nouveaux opérateurs de jeux en ligne. Hier matin, Eric Woerth, ministre du Budget et grand argentier des jeux, a présenté le futur projet de loi sur l’ouverture des paris en ligne à la concurrence à partir du 1er janvier 2010. Une mini-révolution après plusieurs siècles d’un monopole public sur les jeux d’argent, battu en brèche par la Commission européenne au nom de la concurrence.

Les raisons d’une ouverture

Selon Eric Woerth, ce n’est pas Bruxelles qui a forcé la main de la France mais un principe de réalité. « 25 000 sites illégaux proposent ­chaque jour des jeux dans tous les domaines, des paris sportifs au poker en passant par les machines à sous », explique celui qui fait le pari de ramener les joueurs vers des sites légaux et moralisés. « Plutôt que d’essayer de les interdire, nous préférons autoriser ceux qui respecteront nos ­conditions. »

Les types de jeux autorisés

Le projet de loi présenté ouvre à la concurrence trois secteurs, qui, dixit Woerth, sont ceux qui intéressent le plus les Français et présentent le moins de danger d’addiction. Soit les paris hippiques sous leur forme actuelle, mutuelle, comme le réclamait le PMU et la filière hippique, très inquiète à l’idée de voir les bookmakers anglais débarquer dans leur pré carré. Les paris sportifs à cote fixe (le parieur joue contre l’opérateur) et les paris en direct, qui font les deux tiers du chiffre d’affaires des sites de paris sportifs comme Bwin ou Unibet. Mais pas question de miser sur la couleur des chaussettes de l’arbitre (lire page 4), les paris devront concerner des enjeux sportifs réels, comme le score, et non manipulables. Parmi les jeux de casinos, seul le poker, le plus populaire des jeux en ligne, sera autorisé. Les jeux de hasard comme la roulette et les bandits manchots, classés à risques et très addictifs, resteront interdits.

Les garde-fous prévus

Afin de prévenir les risques d’addiction, les joueurs seront d’abord limités dans leurs mises et l’approvisionnement de leurs comptes. Ils devront obligatoirement être titulaires d’un compte en banque en France. Et voir en permanence depuis combien de temps ils jouent et combien ils ont perdu. Avec la possibilité de s’auto-exclure à tout moment. Le taux de retour au joueur, le fameux TRJ dont se servent les opérateurs pour appâter les parieurs, sera plafonné entre 80 et 85 %. Pour 100 euros misés, impossible d’encaisser plus de 185 euros. Un dispositif notamment destiné à limiter l’agressivité commerciale des nouveaux opérateurs qui brûlent de s’imposer sur le marché français. Ce plafonnement est également censé participer à la lutte contre le blanchiment, à l’image de l’Italie. Enfin, une partie des recettes des opérateurs sera affectée à un fonds de prévention et de lutte contre la dépendance.

Les sanctions contre les sites illégaux

Interdits de publicité en France, les sites qui n’auront pas reçu ou sollicité d’agrément ne pourront pas sponsoriser les clubs sportifs. Le projet de loi prévoit que l’organisation illégale de prise de paris en ligne sera passible de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, sept ans et 100 000 euros en bande organisée.

Les gagnants de l’ouverture

En théorie, tout le monde y gagne. Les ex-monopoles, Française des jeux et PMU, vont certes devoir se battre face à de nouveaux concurrents mais leurs taxes, dans les jeux en ligne comme physiques, vont significativement baisser. Elles passeront de 13 % des mises actuellement à 7,5 % dans les paris hippiques et sportifs. Le gouvernement fait le pari de compenser cette baisse des recettes par l’élargissement du marché. Paru dans Libération du 6 mars 2009

Les opérateurs payeront moins mais ils seront bien plus nombreux. Même raisonnement avec les jeux de casino, la taxe sur le poker, calculée différemment, étant ramenée à 2 %. La ministre de la Culture, Christine Albanel, a été ravie d’apprendre hier que Eric Woerth l’avait « mariée au poker »  : une partie des mises des accros à la quinte flush servira à restaurer les grands monuments ou les cathédrales. Enfin, le mouvement sportif pourrait être doublement arrosé. Le sponsoring de clubs par des sites de paris légalisés et la vente de « droits à parier » sur les grands événements devrait apporter de nouvelles ressources au sport professionnel. A l’arrivée, 1 % des mises sur les paris sportifs ira par ailleurs alimenter les caisses du sport amateur.



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