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mercredi 21 novembre 2007 17:54

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  • cinéma

Le jeu de miroir de Siodmak

par Edouard Waintrop

tags : cinéphilie , le coin du cinéphile

DR

Double énigme, film américain de Robert Siodmak (1946),
avec Olivia de Havilland, Thomas Mitchell et Lew Ayres, noir et blanc,
85 minutes, les introuvables, Wild Side vidéo., 14,99 euros.

C’est un DVD qui date déjà de quelques mois. Mais oublier de le chroniquer aurait été pire qu’une erreur, une faute. En plus d’être consacré à Robert Siodmak, un grand réalisateur un peu trop méconnu, il est de très bonne qualité aussi bien visuelle (basé sur une copie superbe) que documentaire (avec une interview réussie de Hervé Dumont, un spécialiste de Siodmak).

Mais revenons au cinéaste lui-même. Siodmak est né en 1900 à Dresde. Il a débuté sa carrière à Berlin (Menschen Am Sonntag), l’a poursuivie en France (Mollenard et Pièges). Il a ensuite fui l’Europe soumise à Adolf Hitler et a recommencé une carrière à Hollywood. Depuis 1944, et Phantom Lady, ce réalisateur européen a trouvé un ton qui va bien à sa compagnie, La Universal. C’est en tout cas ce que, dans le bonus du DVD, nous conte Hervé Dumont auteur de Robert Siodmak, le maître du film noir (Ramsay).

En 1946, Siodmak tourne cette Double énigme sur un script de Nunnally Johnson (scénariste de John Ford pour Je n’ai pas tué Lincoln et les Raisins de la colère), basé lui-même sur une histoire de Wladimir Pozner, écrivain français, émigré aux Etats Unis. Siodmak est alors en pleine forme. La même année ne va-t-il pas signer Les Tueurs, avec Burt Lancaster et Ava Gardner, un de ses films les plus célèbres ? Et Double énigme n’est déjà pas mal du tout. C’est même un excellent film.

Un médecin est trouvé assassiné chez lui, un couteau planté dans le dos. On découvre que la victime avait ce soir-là rendez-vous avec une jolie fille, Terry Collins. L’inspecteur Stevenson la coince et découvre avec stupéfaction qu’elle a une sœur jumelle, qui lui ressemble absolument, Ruth. Laquelle des deux est la coupable ?

Un autre médecin, un psychologue spécialiste de la gémellité, le docteur Scott Eliott, va aider Stevenson dans son enquête. Le scénario est assez simple, la symbolique transparente : le mal et le bien (puisqu’une des deux sœurs est absolument malfaisante et l’autre innocente) ont le même visage. Dans le détail, le film fonctionne parfaitement, même au moment des tests psychologiques dits test de Rorschach, assez casse gueule au cinéma. Cette réussite est évidemment due au talent d’un metteur en scène, Siodmak donc, rigoureux et inventif. Elle est aussi redevable de celui des acteurs, en premier lieu d’Olivia de Havilland, qui vient de quitter la Warner et ses rôles d’amoureuse d’Errol Flynn, chez Michael Curtiz ou Raoul Walsh. Elle est ici très en forme dans les deux rôles des jumelles, la terrible Terry et la rutilante Ruth.

Et il y a un plus : le génie d’Eugen Schüftan, chef opérateur non crédité de Double énigme et au moins responsable des effets spéciaux. Ceux qui permettent à Olivia de Havilland de rencontrer et même croiser Olivia de Havilland dans le même plan. Avec une parfaite crédibilité. A une époque où l’informatique n’existe pas. Né à Breslau en 1893, Schüftan a déjà travaillé en Allemagne avec Siodmak sur Menschen Am Sonntag en 1930 puis avec max Ophuls et Georg Wilhelm Pabst. Fuyant le nazisme en 1933, il a débarqué en France et fait la lumière pour Henri Decoin, Marcel L’herbier, Marcel Carné (Quai des brumes, rien que ça) et ... Robert Siodmak (la Crise est finie, Mollenard).

A Hollywood, qu’il rejoint quand la France est envahie, il peut assez vite retravailler mais d’abord non crédité. Sa patte est pourtant reconnaissable dans les films de Douglas Sirk et d’Edgar G. Ulmer des années 40. Et ici, où les ombres jouent un grand rôle et où l’inquiétude naît de presque rien. Le succès de Double énigme, nous raconte Dumont dans le bonus, fut tel qu’il fit de Robert Siodmak, un des rois de Hollywood. Très provisoirement.


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