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jeudi 29 octobre 2009 17:20

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Le képi caduc d’Hadopi

Cible privilégiée de la loi, le peer-to-peer est délaissé par les internautes au profit des bien plus discrets hébergeurs de fichiers en ligne. Rendant ainsi obsolète le texte.

par Astrid Girardeau

tags : p2p , téléchargement , Loi "Création et Internet" , Hadopi , adresse IP , proxy

Dessin Rocco

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Restent les décrets d’application...

« Il y a un mouvement généralisé dans le comportement des internautes, du "télécharger maintenant, utiliser plus tard" vers une mentalité "à la demande" où les octets sont consommés dès qu’ils arrivent. » La société canadienne Sandvine vient de publier une étude sur l’évolution du trafic Internet dans le monde (pdf). Conclusion : en un an, tous contenus confondus (légaux et illégaux), la part du P2P a baissé de 25 % au profit du streaming (lecture en ligne d’un flux audio ou vidéo) et des hébergeurs de fichiers en ligne comme Rapidshare. Depuis des mois, du collectif militant la Quadrature du Net jusqu’à des députés UMP, beaucoup partageaient le même constat : une loi obsolète avant d’être votée. Car les internautes n’ont pas attendu la promulgation ces jours-ci d’Hadopi 2 pour modifier leurs habitudes et se tourner vers des solutions technologiques plus rapides. Mais surtout plus discrètes que le P2P, cible privilégiée de la loi.

« Sur France 2, au journal de 20 heures, on a montré un site recensant les 400 façons de contourner la loi avant qu’elle ne soit votée », soulevait, lors des débats parlementaires en juillet le député Philippe Tourtelier (PS), mentionnant l’existence de serveurs offshore. « Il y aura certainement au sein - ou autour - d’Hadopi des gens aussi experts et capables que ceux qui voudront essayer de trahir l’esprit de la loi », lui répondait Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture. Plus tôt, Michèle Alliot-Marie, garde des Sceaux, se défendait : « Ce n’est pas parce qu’il y a des chauffards qu’il ne doit pas y avoir de code de la route ! » Le problème est que le code n’est pas adapté aux routes en usage. Dès l’été 2008, dans une note au ministère de la Culture, le très officiel Conseil général des technologies de l’information (CGTI) s’interrogeait sur l’efficacité d’Hadopi : « Il y a lieu d’étudier quelles solutions permettraient éventuellement de déjouer les tentatives des internautes de masquer les actes de téléchargement […] faute de quoi, devenue quasi aveugle pour une population de téléchargeurs qui irait croissant, le mécanisme de désincitation deviendrait rapidement obsolète. »

En novembre 2007, le rapport Olivennes (pdf) proposait de différencier les sanctions selon que l’internaute est diffuseur ou utilisateur. Finalement, tout le monde sera logé à la même enseigne pour délit de contrefaçon « commis au moyen d’un service de communication au public en ligne ». Le texte de loi ne vise donc pas uniquement le P2P ; il pourra aussi s’appliquer à une vidéo sur YouTube de l’anniversaire de Kevin, utilisant le dernier morceau de Tokio Hotel. Mais, dans l’élaboration du dispositif, tout a été centré autour de la surveillance, sur les réseaux P2P, d’un catalogue de 1 000 films et 10 000 chansons et de la récupération des adresses IP des présumés coupables, par des sociétés privées mandatées par les ayants droit. Or, parallèlement, des solutions pour cacher l’adresse IP, la rendre dynamique (différente à chaque connexion), ou en donner une fausse se sont multipliées. Et surtout, elles sont compréhensibles et utilisables par Mme Michu, sa mère et son petit-fils. Tout internaute peut passer par un proxy (serveur rendant l’IP anonyme) ou un VPN (réseau privé virtuel et crypté) type IPREDator. Certains réseaux d’échange de fichiers (Share, Mute, Ants) permettent une navigation cryptée, totalement anonyme.

Créé en 1999 pour lutter contre la censure sur Internet, Freenet est l’un de leurs ancêtres. Sa dernière version permet de faire du « F2F » (« friend-to-friend »), un réseau anonyme dans lequel l’échange de données se fait uniquement entre gens de confiance, d’ami à ami. Le plus connu est OneSwarm, que l’on doit à des chercheurs de l’Université de Washington. Il existe également des groupes de discussions (newsgroups) qui, contre un abonnement mensuel, offrent des espaces d’échange fermés et sécurisés (UseNeXT, Giganews). Inconnus il y a peu, les seedbox se sont également répandus ; il s’agit de serveurs privés payants, équipés de ligne à haut débit, et entièrement dédiés au téléchargement.

Mais, comme l’indique l’étude de Sandvine, c’est surtout le streaming et l’hébergement de fichiers qui ont aujourd’hui la côte. Le streaming audio et vidéo (MégaVidéo, AlloStreaming, etc.) a profité du développement du très haut débit, et offre une lecture de plus en plus confortable. Les hébergeurs (Rapidshare, Megaupload, Sendspace), eux, permettent de déposer des fichiers accessibles ensuite depuis un simple lien sur un site, un forum ou dans un mail. La plupart de ces services sont payants. Il en coûte par exemple 17 euros pour un débit mensuel illimité sur Giganews et 5 euros par mois pour IPREDator. Soit le montant de rétribution envisagée par les partisans de la contribution créative. Proposée par le chercheur Philippe Aigrain et reprise par les socialistes, l’idée est simple. Il s’agit de taxer les abonnés à Internet (entre 2 et 7 euros par mois) et de dépénaliser les échanges de fichiers sur le Web, la somme ainsi perçue étant suffisante pour compenser le manque à gagner des ayants droit. Aujourd’hui, sur les 55 euros d’un abonnement annuel à Rapidshare, tout va dans la poche de l’hébergeur, sans doute le grand gagnant d’Hadopi.

Paru dans Libération le 29 octobre 2009


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