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mercredi 7 octobre 2009 10:47

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Le logiciel open-source se convertit à l’esprit d’entreprise

par Erwan Cario

tags : licence libre , forum

Photo Isabelle Nery

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D’habitude, lorsqu’on se rend à une manifestation autour du logiciel libre, on se retrouve avec une horde d’informaticiens chevronnés qui aident les débutants à installer un système libre dans une ambiance très coca-rillettes-ordinateurs portables. Du coup, lorsqu’on lit l’adresse de l’Open World Forum, avenue George-V à Paris, à deux pas des Champs-Elysées, il y a comme un air de changement. Dans les locaux cossus de l’Eurosites ­George-V se déroulaient, en fin de semaine dernière, des conférences et des rencontres sur le thème du logiciel libre, mais version costard-cravate. Une version qui cause chiffre d’affaires plutôt que lignes de code.

Jean-Noël de Galzain, président de l’Open World Forum, assume  : « C’est un événement international dans un lieu central à Paris. On veut aussi prouver que l’économie du libre est une économie d’avenir, qui n’en est encore qu’à ses débuts. » Au programme, des ateliers, des tables rondes et beaucoup de rencontres informelles. « Nous voulons aussi mettre en contact des PME et des investisseurs », explique Jean-Noël de ­Galzain. Mais les start-up d’aujourd’hui n’ont pas grand-chose à voir avec ­celles de 1999. Un peu comme si la bulle spéculative Internet avait laissé la place à une économie logicielle plus durable. C’est que le libre, avec sa philosophie et ses règles, s’appuie sur l’innovation plus que sur l’espoir de gros profits à court terme.

Si le logiciel libre attire, c’est qu’il offre des avantages évidents. Pour les utilisateurs, c’est le coût d’accès raisonnable des logiciels utilisés (qui ne sont pas tous forcément gratuits), mais surtout l’assurance d’une évolution permanente pour rester technologiquement à la pointe. Du côté des éditeurs de logiciels, ça peut aussi être tentant. Ils y perdent peut-être au niveau du prix de leurs licences, mais ils gagnent des utilisateurs plus fidèles et surtout l’accès à une communauté capable de s’investir sur des améliorations techniques et sur la communication autour des produits. A se demander pourquoi il reste encore des logiciels propriétaires…

« Ce n’est pas aussi simple que ça, tempère Andrew Aitken, cofondateur d’Olliance, une société spécialisée dans la transition vers des systèmes libres. Il y a quelques règles précises pour espérer pouvoir passer à l’open-source. Il faut d’abord répondre à un vrai besoin, sinon, personne ne s’y intéressera. Il faut ensuite construire une communauté, ce qui est sans doute le plus dur. Il faut enfin continuer à innover en permanence. Si ces conditions ne sont pas remplies, ça peut-être très dangereux d’abandonner le modèle propriétaire. » Et lorsqu’il ­explique, méthodologique, les solutions très concrètes pour créer une communauté autour d’une solution informatique, on sent que les idéaux qui motivaient les pionniers du libre sont bien loin. Est-ce vraiment du libre, d’ailleurs  ? Andrew Aitken admet  : « Lorsque je suis face à un client, je préfère utiliser le mot open-source. »

Rappel historique. Le mouvement du logiciel libre est issu du projet GNU, lancé par Richard Stallman au début des années 80, qui définit les quatre libertés fondamentales  : pouvoir exécuter le logiciel, l’étudier, le distribuer et en redistribuer des versions modifiées. Ce mouvement a permis l’apparition et le développement de projets ambitieux, notamment car les développeurs qui s’y impliquent savent qu’ils œuvrent pour le bien commun. On peut citer Linux, qui permet aujourd’hui de faire tourner une grande partie des serveurs Internet, dont ceux de Google, Firefox – le navigateur Internet – ou encore Gimp, une alternative au logiciel Photoshop. Mais pour certains, les règles strictes du logiciel libre version ­Stallman limite la viabilité économique de l’ensemble. A la fin des années 90, on voit donc l’apparition du mouvement open-source, qui garde une bonne partie de la philosophie originale (notamment l’ouverture du code), mais en l’assouplissant pour rendre l’ensemble plus pragmatique. Un compromis qui divise énormément au sein de la communauté libre.

Dans la grande salle du rez-de-chaussée, c’est l’heure du buffet. Entre les petits fours, les discussions sont animées. On parle modèle économique, avenir florissant et investissements nécessaires. Dans un coin, on trouve, au stand Canonical, les membres de la communauté Ubuntu-fr, qui animent tout ce qui se passe autour du système libre en France. Ils font ça sur leur temps libre et n’ont pas grand-chose à faire de l’économie émergente, qui est aujourd’hui au centre des débats. Eux sont en tee-shirt. « Ce n’est pas plus mal que ce genre d’événement ait lieu, ça donne une certaine légitimité et une visibilité au mouvement, confie Frédéric, d’Ubuntu-fr. Mais on est aussi là pour leur rappeler que sans les gars en tee-shirt, ils ne seraient pas là en train de parler business. »


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