Le marché du high-tech tonique
Si l’on sait encore ce qu’on attend d’un appareil photo, il est plus ardu de jauger des smartphones tout-en-un.
par Erwan Cario
tag : neutralité du net
Editorial du dossier spécial High-Tech paru dans Libération du 26 octobre 2010
En partenariat avec Ère Numérique
Oui, aujourd’hui, on peut tout faire ou presque avec un bidule qui se range dans la poche. Le plus intéressant dans cette situation n’est pas l’état de fait (même si on pourrait s’étendre sur la différence profonde entre pouvoir et vouloir tout faire ou presque), mais la bataille technologique qui sous-tend cette évolution. On ne parle pas ici du front de l’innovation (oh, bientôt la 3D, et puis le très haut débit, et puis le café, aussi, un jour), mais de la confrontation économique et surtout politique qui fait rage dans le secteur de l’Internet mobile. Car derrière le marché de ces petites applications qui se multiplient et redécorent un écran de téléphone en arbre de Noël, un mouvement potentiellement problématique s’amorce. En effet, Internet a grandi en tant que bien commun. Basé principalement sur des logiciels libres et régi par des règles comme la neutralité des réseaux — qui assure que le moindre blog de lycéen puisse profiter des infrastructures du réseau à égalité avec Microsoft ou la BNP. S’il avait fallu développer autant d’applications qu’il existe de systèmes d’exploitation (iOS, Android, Windows, Blackberry, etc.), passer le filtre des constructeurs qui s’arrogent le droit d’accepter ou de refuser des nouveautés, ou éviter de développer des technologies trop novatrices de peur d’entrer en concurrence avec les services payants des opérateurs, tous les plus grands acteurs d’aujourd’hui, de Google à Facebook en passant par Skype, Amazon ou Twitter ne seraient pas là. Le marché des smartphones est un nouvel eldorado, soit. Mais les industriels sont peut-être trop gourmands. À vouloir restreindre l’ouverture pour s’assurer la mainmise économique sur l’évolution technologique, ils prennent le risque de la freiner considérablement. Mais dans le meilleur des cas, les vrais perdants ne seront pas forcément les internautes. Un tel écosystème contrôlé, fermé, économiquement très rentable mais qui finit par être largué par l’inventivité et le dynamisme qui prévaut dans les environnements ouverts, en France, on a déjà bien connu ça. Ça s’appelait le Minitel. DOSSIER SPÉCIAL : STAR TECH
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