lundi 14 décembre 2009 13:23
Le milliard ! Le milliard !
par Olivier Séguret
C’est le patron d’Electronic Arts (EA), John Riccitiello, qui s’exprime, au cours d’une interview pour le magazine économique de PBS, la chaîne publique des Etats-Unis : « Même en étant prudent, si j’ajoute les uns aux autres les joueurs sur mobile, les joueurs sur réseaux sociaux, ceux sur consoles et ceux sur PC qui jouent en ligne en Asie, on atteint au moins un milliard de joueurs autour du monde aujourd’hui. » Seuil parfaitement symbolique et invérifiable au million près (mais qui sera forcément franchi tôt ou tard si ce n’est déjà fait) le cap du milliard de joueurs fait saliver les décideurs et rêver les utopistes. « We Are The World », peuvent légitimement entonner les gamers, même si la géographie du monde dont il est question n’est certes pas équitablement répartie. Il n’en reste pas moins que la croissance de la pratique du jeu vidéo a connu un bond spectaculaire ces dernières années, très supérieur à la croissance de l’industrie elle-même. Ce n’est pas un paradoxe dans la mesure où la plus grande masse des nouveaux arrivants dans la sphère du jeu y débarquent par le hub des réseaux sociaux et du online gratuit. Ce n’est pas demain que l’on pourra vendre à ces centaines de millions de convertis des exclusivités à 70 euros la galette, ce dont l’industrie mondiale a fini par prendre conscience, John Riccitiello et EA en tête. Après des années de domination presque ennuyeuse, EA connaît depuis quelques saisons une remise en cause profonde de son modèle qui rend son observation passionnante. Autrefois numéro un mondial des éditeurs, désormais grillé sur ce podium par Activision et ses franchises trébuchantes (Guitar Hero, Call of Duty…), EA a entamé des restructurations qui laissent clairement entrevoir sa nouvelle politique industrielle : non seulement un forcing sur le online et le social gaming (notamment avec l’acquisition du studio Playfish pour 185 millions d’euros, tandis que d’autres activités étaient suspendues) mais plus généralement un basculement progressif vers la dématérialisation des jeux et la vente par téléchargement de titres jusqu’ici disponibles sous formats physiques. Riccitiello a ajouté qu’il souhaitait diminuer de 20 % la part des produits « emballés » dès l’année prochaine et que pour la première fois en 2010 les activités immatérielles représenteraient la moitié du business de toute l’industrie… Mais que va devenir le marché de l’occase ? Paru dans Libération du 12 décembre 2009
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