lundi 12 octobre 2009 11:46
Le monde à portée de « view »
Luminosité, contraste, saturation… Le Net-artiste Nicolas Baudouin explore des images de rues prises par Google. Work in progress.
par Astrid Girardeau
tags : photo , Street View
« Concours de photo sans appareil photo ». C’est en recevant cette invitation que Nicolas Baudouin s’est initié à l’utilisation de Google Street View. A la fois comme façon de sillonner le monde via un PC et une connexion Internet, et comme outil de capture d’image. « J’ai alors découvert cette expérience tout à fait unique de se promener à coups de souris à travers les rues et routes d’une multitude de lieux (pays, régions, villes, villages campagnes…) et de chercher "l’image" », raconte ce Net-artiste et photographe français. Après avoir répondu au concours, devenu « accro » à ces voyages « face à l’écran », pendant plusieurs mois, il va continuer sa route, poursuivre son exploration. Et travailler la photographie « non plus à partir de la réalité, mais de ce nouveau corpus inédit que constituent les millions d’images de Street View ». Son carnet de voyage est un projet personnel intitulé « Street View ».
Lancé en mai 2007, le service Google Street View permet de naviguer virtuellement, à 360 degrés, dans les rues de villes des Etats-Unis, d’Australie, du Japon et d’Europe. Pour réaliser ces vues, des voitures et tricycles, équipés d’appareils photo numériques multidirectionnels, sillonnent les voies. Grâce à des appareils GPS, les clichés sont automatiquement associés à un lieu, et placés les uns à côté des autres afin de créer des panoramas. Un processus automatique de captation du quotidien à échelle mondiale qui fascine Nicolas Baudouin : « Cette quantité impressionnante d’images a donc été prise de façon tout à fait systématique et objective, mais également et paradoxalement de manière tout à fait aléatoire, sans aucune considération d’ordre esthétique quant au lieu photographié. »
Son projet « Street View » est un album photo de « paysages qui ne sont qu’accidentellement des paysages » découverts lors de ses pérégrinations numériques. « Quand un paysage m’interpelle, je le cadre au mieux, puis je fais une capture d’écran, explique-t-il. Ensuite, je le retouche. Uniquement la luminosité, le contraste et la saturation. » Une manière de se réapproprier l’image. De lui donner davantage de relief aussi, sans chercher à en gommer les défauts (éléments tronqués, etc.) ni « cette mauvaise qualité d’image qui les rend mystérieuses voire presque poétiques ». Sous chaque photographie, il mentionne enfin l’adresse exacte du lieu : « Route du bord de mer, Antibes, Alpes-Maritimes, France », « Via Farini, Portici, Campania, Italie ». « Cette indication ne fait que perturber davantage le lecteur voyeur car elle s’inscrit en contradiction avec la fausse subjectivité que j’ai voulu révéler », souligne-t-il. Composée aujourd’hui d’une trentaine d’images, la série est amenée à être enrichie : « Comme beaucoup de mes projets, il est "in progress". Mais celui-ci encore plus par le fait qu’il est inépuisable et potentiellement toujours plein de surprises. »
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