Le monde dans ma poche
par Pierre Marcelle
tags : Apple , étude , applications
On a beau dire, la statistique peut parfois se révéler une science sinon tout à fait utile, du moins ponctuellement fascinante, voire franchement rigolote — à condition, évidemment, de bien choisir son objet. Celui qu’a considéré l’agence userADgents (il faudra un jour se pencher sur l’architecture des intitulés baptisant les boîtes de pub) est de ce point de vue épatant, qui mesure à sa façon l’addiction que génèrent smartphones, tablettes et autres traductions de la fière devise « Le monde dans ma poche ! », ce « Montjoie ! Saint-Denis ! » de l’être moderne, et fier de l’être. L’agence nous a livré la semaine dernière une étude fouillée des applications (en jargon numérique, les « applis ») accumulées dans la boutique d’Ali Baba - ou la boîte de Pandore — que constitue le Store d’Apple France. Soit, début octobre dernier, quelque 267 000 objets disponibles, chiffre en augmentation quotidienne moyenne de 600 unités durant cette année. On y apprend notamment que le nombre d’« application adultes » — i.e., suppose-t-on, les vidéos de cul — représente 6% de l’ensemble (en augmentation de 17%, tout de même, par rapport à la précédente étude), à comparer avec les 15% des « bibliothèques numériques », à 93% payantes ; apprécier, simultanément, la gratuité de 62% de l’offre dans la catégorie « Actualité ». L’étude estime encore à 65% de l’ensemble le nombre de machins proposés à moins de 1 euro ; rapporte que le plus cher de tous (ici, petite frustration : on ne saura pas lequel) en coûtera 799,99 euros à son acquéreur ; et mesure le prix moyen des « payants » à 1,83 euro (mais à 8,54 euros dans la catégorie « Médecine », chiffre assez éclairant, si l’on prend en considération l’état général des budgets de la Santé publique.) Ultime et délicieuse précision au moment de l’addition, s’il vous plaît : « Une personne souhaitant s’acheter [tous les contenus de] l’Apple Store France aurait à débourser 487 000 euros. » J’aime bien, ça, moi, l’idée d’un pékin désireux, juste pour le plaisir de la hype (et si tant est bien sûr que le support en aurait les moyens techniques), de mettre une demi-plaque d’applis dans son téléphone de poche. Paru dans Libération du 30 novembre 2010
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