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mardi 25 octobre 2011 12:35

  • jeux

Le nouveau « Batman » ne fait pas de cinéma

par Olivier Séguret

tag : Moi jeux

DR

Batman : Arkham City
développé par Rocksteady pour Warner
Disponible sur PS3 et Xbox 360, autour de 60 euros
La version PC sort le 18 novembre, une version Mac est prévue pour 2012.

 

Deux ans après avoir ressuscité la licence Batman avec Arkham Asylum, le jeune studio britannique Rocksteady récidive avec Arkham City. Dans Asylum, les vigoureux développeurs ont prouvé qu’il n’existait aucune fatalité contre les jeux mettant en scène des super-héros : dans cette catégorie aussi prolifique que médiocre, ils ont obtenu avec ce titre excellent une reconnaissance universelle. Ils ont aussi opéré un virage symbolique crucial : ne plus coller aux déclinaisons hollywoodiennes de l’homme chauve-souris mais lui redonner son autonomie, sans se priver d’aller puiser dans sa propre histoire éditoriale et graphique.

Le titre diffuse d’abord un sentiment de complétude à laquelle ne pouvait prétendre le précédent et qu’il ne visait d’ailleurs pas : le premier terrain de jeu était limité mais dense ; celui-ci sera à la fois consistant, ouvert et vaste. Il sera aussi bien plus modelable et modulable, grâce à la trame parallèle des missions secondaires qui s’offrent en grappes, nouées au récit principal par une vraie cohérence, mais assez subsidiaires pour ne rien briser du rythme tendu qui fait bondir l’aventure. Batman croise ici à peu près toutes les crapules de son carnet d’adresses : Pingouin, Double Face, Joker, etc. Mais il se mesure aussi à quelques fréquentations originales, ignobles et remarquablement animées (gros faible pour un sabreur manchot tatoué d’un Peace géant dans le dos).

Dans sa forme déployée, ce Batman atteint une sorte d’apogée : un dosage de haute précision dans les registres narratifs et beaucoup de créativité dans son gameplay, celui-ci se renouvelant sans cesse avec une générosité supérieure. Le lissage général est si séduisant qu’on ne songerait même pas à zapper les cinématiques — ce serait d’ailleurs se priver de quelques scènes exquises. Mais il y a peut-être un troisième étage d’enseignements à méditer. Cas unique d’une licence culte ayant trouvé son propre équilibre en divergeant de son véhicule ciné traditionnel, Batman vaut peut-être métaphore du rapport de force entre les industries du jeu et du film. Si on observait l’automne 2011 sous cet angle, on pourrait s’inquiéter pour le cinéma à grand spectacle, incapable de suivre le rythme productif et créatif auquel carbure aujourd’hui l’industrie du jeu.

 

Paru dans Libération du 24 octobre 2011


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