mercredi 5 août 2009 16:55
Le numérique, solution miracle anti-crise pour l’Europe ?
Un rapport sur la compétitivité numérique en Europe est sorti hier. Sans surprise, les jeunes ont une pratique importante du Net, mais pas forcément de l’achat...
Capture du générique de la série IT Crowd - DR
« La compétitivité numérique de l’Europe ». Derrière ce titre, un rapport assez long (pdf, 111 pages), agrémenté d’annexes, rendu public hier par l’Union Européenne. La principale (et optimiste) leçon à en tirer pourrait être : « avec le numérique, on peut faire du fric ». Et même sortir de la crise, excusez du peu. « L’économie numérique de l’Europe a l’incroyable potentiel de générer d’importants revenus à travers tous les secteurs », annonce ainsi Viviane Reding, responsable de la société de l’information et des médias à la Commission européenne, qui nuance toutefois son propos en ajoutant : « pour transformer cet avantage en croissance réelle et en création d’emplois, les gouvernements devront adopter des politiques fortes et coordonnées pour abolir les barrières bloquant les futurs services ». Dans le meilleur des cas, on pourrait espérer la création de 700 000 emplois liés aux secteurs high tech d’ici 2015 , pouvant générer aux alentours de 580 milliards d’euros... En avril dernier, on rapportait déjà ici la publication d’une étude sur l’usage d’Internet à l’échelle européenne, dont bon nombre de données sont reprises dans le présent rapport, qui s’inscrit lui aussi dans l’optique du plan i2010 lancé en 2005 pour dynamiser l’économie numérique des 27. Dans le présent rapport, l’Union semble à nouveau insister sur l’urgence d’assouplir les frontières (terme il est vrai plutôt incongru en matière d’Internet), pour permettre à la concurrence de pleinement s’affirmer, dans le but d’améliorer les services, tout en baissant in fine leurs prix... C’est près de 500 millions de consommateurs qui sont concernés par l’actuelle « fragmentation du marché qui empêche les économies d’échelles, au détriment des entreprises et des consommateurs », dixit le rapport. Parmi les appendices du copieux rapport, un dossier (pdf) s’intéresse à chaque pays de l’Union. Si en France, la quantité de foyers équipés d’ADSL est jugée satisfaisante, même au delà de la moyenne européenne, ses performances décevantes en matière de commerce électronique sont relevées. Le rapport cite le Plan France Numérique 2012 comme piste probable d’efforts en la matière, ce qui n’est guère gagné quand on voit que le site présentant ledit plan n’a toujours pas été réactualisé depuis le départ d’Eric Besson du Secrétariat à l’Economie Numérique... Evidemment, qui dit « plan à long terme », dit « futurs travailleurs », et donc « jeunes ». L’espoir d’un futur où numérique ne rimerait pas avec merdique repose donc sur les bien nommés « digital natives » (natifs numériques), autrement dit la génération des 16-34 ans (on pourrait facilement descendre aux 8-10 ans, sans doute). Pour Viviane Reding, « ces jeunes gens sont d’intenses utilisateurs du Net mais aussi des consommateurs très exigeants ». Si exigeants que d’après le rapport, faire chauffer la CB d’un jeune n’est pas chose aisée. A tel point que l’AFP a sorti une dépêche anglée sur le sujet, rappelant que d’après le rapport, 33% des jeunes européens ne sont pas prêts à payer pour télécharger, réflexe il est vrai peu facilité par l’essor de services en streaming, légaux ou non. Reconnaissant un certain retard du Vieux Continent face aux Etats-Unis en matière d’offres de contenus vraiment rémunératrices, en citant un succès comme celui de l’Appstore, le rapport affirme que des modèles économiques durables et une réglementation favorable devront être trouvées pour combler ce décalage. Alors, gentils natifs numériques, creusez-vous un peu la tête, car personne ne le fera pour vous.
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