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jeudi 21 janvier 2010 12:56

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Le pactole « Avatar »

par Olivier Séguret

tag : économie

Projection d’Avatar au MK2 Bibliothèque. Photo Jean-Michel Sicot

Osons  : c’est titanesque. Et c’est même titaniquien  : Avatar va devenir d’ici quinze jours le plus gros succès de l’histoire mondiale du cinéma. L’industrie du blockbuster a fait de tels progrès que les records qu’elle produit ont fini par nous blaser. Ils sont si fréquents qu’on ne les compte plus. Mais le succès d’Avatar est d’une nature trop puissante pour ne pas choquer. Sur tous les territoires où il est exploité, il est resté en tête les trois premières semaines de son exploitation. En quatrième semaine, ses recettes ne faiblissaient que de 18%, aussi bien aux Etats-Unis, où Avatar a enfoncé toutes les performances locales, que dans le reste du monde, Chine comprise. Ce lundi, le film dépassait les 1,6 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros) de recettes globales et n’avait plus devant lui, sur la plus haute marche, à 200 petits millions près, que Titanic, réalisé par le même Cameron…

Certes, on peut toujours relativiser cet exploit de quelques bémols, qui tiennent au différentiel de valeur entre le box-office d’hier et celui d’aujourd’hui. Depuis Titanic (1,8 milliard de dollars de recettes, soit 1,25 milliard d’euros), l’inflation a augmenté, le prix des places aussi, et le modèle économique a évolué vers une exploitation toujours plus rapide des films, qui sortent sur un plus grand nombre d’écrans mais y restent, en moyenne, moins longtemps. En théorie, un film de 2010 peut rapporter autant de dollars qu’un film des années 90 en moins de temps et avec moins de spectateurs. A cet égard, la « tradition » française, qui établit un classement des films en fonction de leur nombre d’entrées, reflète plus fidèlement la fréquentation. Mais les deux systèmes se complètent, chacun éclairant une face d’une même médaille. En France, Titanic est d’ailleurs premier dans les deux catégories.

Il pourrait bien en être de même avec Avatar, qui réalise sur notre territoire son meilleur score hors des Etats-Unis avec bientôt 10 millions de spectateurs et déjà plus de 80 millions d’euros de recettes hexagonales, loin devant la Russie (61 millions d’euros), l’Allemagne (59) et le Royaume-Uni (55). Sur le territoire américain, deux films ont dépassé la barre des 500 millions de dollars de recettes locales  : The Dark Knight et Titanic, le premier en 45 jours, le second en 98 jours. Avatar aura atteint ce cap en 32 jours. Les deux commères professionnelles hollywoodiennes, Variety et The Hollywood Reporter, sont donc parfaitement d’accord sur ce point  : Avatar va battre le record absolu, localement et mondialement, de Titanic au plus tard dans deux semaines.

Une fois saluée l’énormité de la victoire remportée par Cameron sur lui-même, il faut à se poser la délicate question du pourquoi. Il y a bien sûr les réponses traditionnelles, que confirment les études qualitatives  : non seulement le bouche à oreille est extrêmement favorable au film, ce qui explique la longévité de ses hauts taux de fréquentation, mais de surcroît Avatar bénéfice déjà d’un important ratio de « revoyures », de nombreux spectateurs s’étant rendus à une deuxième séance (rare caractéristique réservée aux films phénomènes). Le film est donc reçu par le spectateur comme une promesse réalisée, un pacte tenu, un contrat rempli  : la combinaison Cameron + science-fiction + relief numérique n’a pas déçu les espoirs qu’elle a fait naître chez les amateurs, autant qu’elle a inspiré confiance au grand public, y compris familial.

Le timing involontaire mais parfait qui faisait coïncider le dévoilement final de cette grande fable pacifique, écologique et moderne avec l’heure même où la planète s’alarmait officiellement de son avenir à Copenhague a certainement contribué à démultiplier l’écho et l’attrait déjà considérables d’Avatar. Pour imaginer et comprendre le reste, il faudra attendre que le succès s’accomplisse entièrement (De combien dépassera-t-il Titanic  ? Quelle sera sa carrière étendue en format Imax 3D  ? Et ses ventes en VOD, en DVD  ?). Et il faudra attendre encore plus longtemps pour connaître les effets sur l’industrie d’un tel triomphe. On lui prédit notamment une influence sur le développement de la filière du relief. Un sujet à propos duquel non seulement le cinéma mais aussi l’industrie de la télé sont plus que jamais sur le qui-vive.

Paru dans Libération du 20 janvier 2010


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