mercredi 14 janvier 2009 10:21
Le petit futé de Bombay
Roupies. Moisson de Golden Globes pour le meilleur film de Danny Boyle.
par Didier Péron
DR
Slumdog Millionaire, de Danny Boyle, avec Dev Patel, Ayush Mahesh Khedekar, Freida Pinto... 2 heures.
On n’avait jamais cru pouvoir penser et dire un jour du bien d’un film de Danny Boyle, tant l’Anglais, depuis la plongée dans les tinettes droguées de Trainspotting, s’est imposé comme un maître tapageur et vulgaire. Il est vrai aussi qu’il a repris le flambeau d’un Alan Parker sur le terrain du film clippé et il aurait pu signer à l’aise un remake de Midnight Express dans l’enfer des prisons thaïes (à la place de la Turquie). Il a préféré tourner la Plage à Koh Phi-Phi. Toujours est-il qu’avec Slumdog Millionaire, il signe, de loin, son meilleur opus. En tournant à Bombay, l’épicentre de la modernité indienne, mais aussi gigantesque chaudron de la misère du sous-continent où s’entasse une population excédée de plus de 13 millions d’habitants, Boyle semble avoir enfin trouvé l’espace saturé qui lui convient. On n’ose imaginer les problèmes d’intendance permanents auxquels l’équipe technique a dû faire face en se plantant ainsi dans les différents quartiers de Bombay, remplis de monde jour et nuit. Evidemment, le film crée aussi un choc, parce qu’à notre connaissance, aucun cinéaste indien, aujourd’hui, n’aurait pu écrire, financer et mettre en scène un tel film tant l’Inde reste attachée à la tradition rutilante de Bollywood, qui est aussi un terrible carcan. Slumdog a raflé la mise au Golden Globes (meilleurs film, réalisateur, scénario, musique originale), se plaçant ainsi en tête des favoris pour les oscars. Après tout, le film ne peut que gagner puisqu’il raconte, avec une infatigable énergie, que si le pire est toujours à craindre, le jackpot est au bout du calvaire. Adapté d’un roman, Q and A, de Vikas Swarup (traduit chez Belfond), le film raconte les aventures à la Dickens de Jamal (l’excellent acteur britannique Dev Patel), un jeune homme serveur de thé dans un centre d’assistance téléphonique. Candidat à Qui veut gagner des millions ? animé par le Jean-Pierre Foucault local (interprété par la superstar indienne Anil Kapoor), il est sur le point de gagner quelque 20 millions de roupies quand la police l’embarqué pour le soumettre à des questions autrement plus musclées. Comment un petit merdeux dans son genre peut-il avoir le niveau de connaissances suffisant et répondre aux colles de l’émission ? Il triche, c’est évident. Le prétexte de l’interrogatoire fournit à Jamal le cadre pour raconter les différents épisodes de son existence malmenée : comment, avec son frère, Salim, ils ont vu leur mère se faire assassiner par des fanatiques hindous venus casser du musulman ; comment ils ont survécu en dormant dans des décharges publiques avant d’être recueillis par un faux bon samaritain qui arrache les yeux des enfants pour qu’ils mendient dans la rue... Chaque tableau en flash-back ouvre sur un aspect peu reluisant de la société, en particulier le rôle de la pègre, qui a prospéré dans l’immobilier à la faveur du boom. Mis en image par un chef op’ déchaîné (Anthony Dod Mantle), le film en fait trop, mais il est difficile de résister à la fureur flashante de son récit-kaleidoscope. Paru dans Libération du 14 janvier 2009
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