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dimanche 6 décembre 2009 16:07

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Le pôle North

par Olivier Séguret

tag : Moi jeux

Nolan North est partout et nul n’en a vraiment conscience, pas même les gamers qui le côtoient pourtant avec une assiduité inoxydable. Nolan North s’est infiltré dans quantité de titres. Un bref survol de son CV laisse pantois, qui fait jongler pêle-mêle Lost Planet, Fable 2, GoldenEye, Maximo, Saints Row, Ape Escape, Gears of War, Red Faction Guerilla, Infamous, Prince of Persia, Final Fantasy XII ou Metal Gear Solid 4 ainsi que des dizaines d’autres jeux célèbres ou moins connus, auxquels cet acteur prête (ou plutôt vend) sa voix. Car oui, Nolan North, 40 ans, est un « voice actor » spécialisé dans le jeu vidéo et c’est certainement le comédien le plus recherché dans ce domaine encore pointu. Rien que la semaine dernière, deux grands jeux mainstream tout à fait opposés dans leur genre et dans leur style affichaient son nom à leur générique : Assassin’s Creed 2, où il vocalise le rôle de Desmond Miles, et Ratchet & Clank : a Crack in Time, où il invente la voix métallique et efféminée du robot burlesque Sigmund. Il figure aussi en bonne place dans le considérable Dragon Age sorti il y a une dizaine de jours.

North est équanime et transversal : on le retrouve des deux côtés de la concurrence que se livrent, à coups d’exclusivités, Sony et Microsoft puisqu’il joue aussi bien dans Halo ODST (uniquement sur Xbox) que dans God of War (seulement sur PlayStation). L’animal est aussi d’un éclectisme étourdissant puisqu’il a été capable d’aligner vingt voix différentes (avantages de l’invisibilité…) pour les besoins du seul EverQuest II !

Mais le rôle qui a définitivement attiré l’attention du métier sur le cas de Nolan North est certainement celui de Nathan Drake, l’aventurier virtuel de la série Uncharted, auquel il a donné une consistance humaine attachante et rarissime dans le secteur, grâce à un savant équilibre d’épaisseur dramatique et de fun.

Entièrement tourné en motion capture, un jeu comme Uncharted donne de surcroît à Nolan North l’occasion de s’exprimer aussi avec son corps, fût-il entièrement repeint au pinceau numérique. C’est la première fois que l’on a envie, à propos d’un héros de jeu, de parler sérieusement d’interprétation. De même qu’avec North apparaît une nouvelle espèce. Non plus l’icône virtuelle façon Lara Croft, mais le vrai acteur virtualisé, dont le talent indiscutable aura conduit à ce paradoxe : plus il est professionnellement célèbre, plus on lui offre de propositions pour rester anonyme.

Paru dans Libération du 5 décembre 2009


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