mardi 8 février 2011 10:19
Le profane et le secret
par Olivier Séguret
Pandora’s Tower - DR
La compagnie Nintendo n’a jamais été très bavarde. Pour des motifs qui tiennent à la fois de la tradition culturelle nippone, où la discrétion est une haute vertu, et de la stratégie industrielle bien comprise, la maison Mario est réputée pour son culte du secret, son goût du mystère, sa délectation cruelle pour la diffusion au compte-gouttes, et uniquement quand ça l’arrange, de la moindre information. Cela permet souvent à Nintendo de prendre ses concurrents et le marché par surprise, comme un nouvel exemple en a été donné il y a une dizaine de jours, lorsque la firme de Kyoto a annoncé la sortie imminente d’un jeu dont personne n’a jamais entendu parler : Pandora’s Tower, en exclusivité sur la Wii. Qui l’a développé, quel studio l’a produit et à quel genre ressort-il ? Mystère et boule de gomme. Compte tenu de la longueur des processus de développement, être parvenu à maintenir le silence à propos d’un jeu qui sera disponible au Japon le mois prochain constitue un véritable exploit (1). Néanmoins, sur les flancs de la mutique forteresse Nintendo, on voit parfois apparaître quelques failles, essentiellement grâce à la personnalité facilement exaltée du patron de la branche américaine du groupe japonais, le bavard Reggie Fils-Aimé. Régulièrement sollicité par les médias professionnels américains, Fils-Aimé fait souvent partager ses oracles et commentaires, derrière lesquels on peut lire une version distillée de la réflexion stratégique du groupe tout entier. Certes, le président de Nintendo of America ne viole pas de grands secrets, mais ses prises de position sont les plus explicites parmi celles qui émanent de Nintendo. Il est par exemple le premier à avoir clairement identifié Apple et son iPhone comme le plus dérangeant rival de la DS et du jeu sur console portable. Il a exprimé maintes fois son peu de considération pour les jeux disponibles sur Facebook. Enfin, sur Gametrailers.com, la semaine dernière, visant tout particulièrement le phénomène Angry Birds, il a encore porté le fer contre les mauvaises habitudes que l’on donne aux joueurs avec des jeux à 1 ou 2 dollars pièce. Ce n’est sans doute pas un hasard si ces rares entorses au zen proverbial de Nintendo proviennent de son porte-voix américain. On dirait même une répartition des rôles : il y a de bonnes chances qu’il dise tout haut ce que les convenances empêchent un Shigeru Miyamoto d’exprimer. (1) En attendant un site complet, une très sobre et élégante page d’accueil de Pandora’s Tower, avec nappes de piano romantique, est visible ici Paru dans Libération du 07/02/2011
Il y a 1 réaction à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager Tweet


