Le retour de Judex
par Edouard Waintrop
tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , le coin du cinéphile
Channing Pollock en Judex. DR
Double DVD Georges Franju
Judex (1963), avec Channing Pollock, Francine Bergé, Sylva Koscina, Edith Scob, Théo Sarapo, Michel Vitold, Jacques Jouanneau.
Les nuits rouges (1973), avec Gayle Hunnicut, Jacques Champreux, Gert Froebe, Ugo Pagliari. Cahiers du cinéma, Collection 2 films de, 30 euros.
Georges Franju a fondé la Cinémathèque française en 1936 avec Henri Langlois. Dans les années 40 et 50, il a tourné des documentaires, dont le plus beau, et le plus cruel, s’intitule Le sang des bêtes. Voici Franju en 1963, trois ans après avoir tourné Les Yeux sans visage, où il a déjà essayé de déployer les séductions des feuilletons populaires du début du XXe siècle, de retour dans le genre horrifique. Avec l’extraordinaire Francis Lacassin (amoureux des films de Louis Feuillade, de Fantômas et aussi de Casanova, de Jack London, etc.) et Jacques Champreux (petit-fils de Feuillade), il a maintenant l’idée de réaliser un hommage au réalisateur des Vampires (1915) et du premier Judex (1916). Il y a pourtant loin entre l’original et ce qui n’est pas une copie, puisque le film de Feuillade avait disparu. Le style de Franju, hiératique, peut-être trop, est aux antipodes de l’imaginaire touffu de son prédécesseur. Dans le bonus, Jacques Champreux raconte que Franju voulait au moins autant s’inspirer du cinéma primitif de son enfance que des films de son grand-père. Il y a des sautes de style entre, par exemple, le bal avec les têtes d’oiseau, la séquence la plus réussie et la plus étrange, le plan où fonctionne une sorte de télévision « mabusienne », citation de Fritz Lang, et certaines scènes d’action pas trop bien mises en scène et en manque de tonus. Inquiétant aussi le fait que Channing Pollock, l’acteur principal, alias Judex, magicien de cabaret dans la vie, soit bien plus crédible masqué qu’à visage découvert. Au contraire de Francine Bergé, qui elle est formidable du début à la fin. Quelle « Catwoman » elle aurait fait ! En plus de Judex, on trouve dans ce petit coffret Les nuits rouges, avatar d’une série télévisée tournée dans le même esprit (mais en couleurs). Le sujet, la recherche du trésor des Templiers, est plus drôle que sa réalisation (et que ses acteurs). La meilleure scène du film (une attaque de trépanés transformés en robots) est elle pour le moins inspirée du Joueur d’échecs de Raymond Bernard (1927), un authentique chef d’œuvre, celui-là.
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