mercredi 22 octobre 2008 12:33
Le sang chaud des Don Quichotte
Tente. Retour sur l’action coup de poing de l’association sur le canal Saint-Martin.
par Didier Péron
tag : documentaire
Augustin Legrand, des Enfants de Don Quichotte - DR
Enfants de Don Quichotte, de Ronan Dénécé, Augustin et Jean-Baptiste Legrand. 1h17.
Manière de tirer à nouveau la sonnette d’alarme à l’approche de l’hiver, Enfants de Don Quichotte (Acte 1) documente la mise en place des actions en faveur des SDF en décembre 2006. L’association les Enfants de Don Quichotte, créée par Augustin Legrand, Pascal Oumaklouf et Ronan Dénécé, invitait, rappelons-le, les gens logés à rejoindre les sans-logis dans la rue et sous des tentes, en guise de protestation citoyenne contre le sort indigne réservé à ceux qui n’ont pas les moyens de se payer un espace pour se protéger du froid et de toutes les menaces du dehors. Tourné en vidéo dès le début de l’initiative, on assiste donc de l’intérieur à la façon dont Augustin Legrand, en première ligne, tente de fédérer suffisamment de SDF pour créer un effet de surprise et de masse pour une manifestation d’abord à la Concorde (dont ils sont éjectés manu militari), puis au bord du canal Saint-Martin, où un campement d’une centaine de tentes s’installera de manière durable. Les médias sont interpellés, les politiques soit adhérent soit réprouvent et les autres associations (Droit au logement, Emmaüs, Fondation Abbé-Pierre...) se retrouvent obligées de composer avec ce nouvel acteur intempestif. D’aucuns critiquent d’ailleurs une action de court terme qui offre une réponse émotionnelle à un problème structurel de fond ; d’autres jugent au contraire que la cause SDF n’a jamais été aussi brutalement mise en lumière. A tout le moins, le film montre à quel point Augustin Legrand, acteur de profession, se démène comme un beau diable, mais est aussi peu à peu dépassé par les événements, contraint de veiller à la bonne marche d’un happening épuisant, qui plus est avec des SDF désocialisés et souvent ivres. Les plaintes des habitants du canal Saint-Martin ne tardent pas à pleuvoir, les échauffourées se multiplient et Legrand craque devant la caméra. Le film manque néanmoins d’une voix off qui dirait l’épaisseur d’une expérience et en dresserait le bilan concret en toute sincérité. Paru dans Libération du 22 octobre 2008
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