lundi 22 décembre 2008 15:09
Le sang neuf de True Blood
La série renverse la tradition en changeant les créatures en victimes.
par Bruno Icher
tag : série
Anna Paquin et Stephen Moyer dans True Blood, diffusée sur Orange Cinemax. DR
True Blood,d’Alan Ball, épisodes 1 et 2/12, à partir de demain sur Orange Cinémax, à 20h40.
Comme la plupart des bonnes séries américaines, True Blood est conçue sur une idée simple. Les vampires ont quitté leur clandestinité séculaire et se mêlent désormais aux humains sitôt la nuit tombée. Le coming out a été rendu possible par la mise au point d’un sang de synthèse qui permet aux créatures de se nourrir sans avoir à saigner à blanc le premier badaud venu. L’idée, c’est que la confrontation avec les humains ne se déroule pas vraiment dans un climat de bienveillance générale, comme l’illustre l’histoire d’amour compliquée entre Bill le vampire (Stephen Moyer), ancien lieutenant de cavalerie de l’armée confédérée pendant la guerre de Sécession, et Sookie, barmaid vierge, blonde et accessoirement télépathe. Car, en dépit d’un lobbying intense pour faire reconnaître leurs droits, les vampires sont devenus les parias de notre société. Ils sont traités avec mépris, dégoût et méfiance. A peu près, et selon l’endroit où l’on se trouve, de la manière dont l’étaient ou le sont encore Noirs, Arabes, Juifs ou gays. Avec une jubilation palpable, le créateur de la série, Alan Ball (lire ci-contre), joue en permanence avec cette transposition, tricotant intrigues et dialogues à partir de toutes les vieilles rengaines racistes. Ainsi que le montre le sublime générique, le cadre de Bon Temps Parish, patelin crasseux de Louisiane, se prête à merveille à la métaphore. Dans ce Sud profond, entre légendes vaudous, bigoterie et Cajuns bas du front, on n’a aucun mal à croire à la résurgence de pittoresques traditions locales à base de lynchages et de Ku Klux Klan. Le sentiment est d’autant plus vif que les spectateurs, eux aussi, ont quelques solides préjugés sur les vampires. Après tout, regardons les choses en face : avant d’être une minorité opprimée, les vampires n’étaient que des parasites sanguinaires qui séduisaient nos filles et nos compagnes. D’ailleurs, s’ils ne sont pas contents, ils n’ont qu’à retourner dans leurs tombes. Paru dans Libération du 22 décembre 2008
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