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mercredi 17 février 2010 10:55

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Le sens du cosmique

par Erwan Cario

DR

Mass Effect 2 (Electronic Arts)
Pour PC (50 euros), et Xbox 360 (70 euros)

Difficile de justifier le génophage. Certes, les krogans, ces immenses brutes guerrières menaçaient, par leur extraordinaire fécondité, de prendre le contrôle de la galaxie tout entière. Mais ce virus génétique qui a normalisé leur taux de reproduction au niveau des autres espèces, comme les turiens ou les humains, est éthiquement indéfendable.

Le professeur Mordin Solus, brillant scientifique galarien (un galarien, c’est un peu un E.T. de Roswell, avec un petit je-ne-sais-quoi de plus sympathique), a fait partie de l’équipe de recherche qui a conçu le génophage. Il ne cesse de justifier ses actes avec un pragmatisme à toute épreuve et considère même qu’il a sauvé les krogans de l’extermination. Shepard n’est pas franchement de cet avis. Et les discussions dans le labo technique du Normandy sont parfois houleuses. Mais le commandant a besoin de Mordin dans son équipe. Il doit sauver l’humanité. Et peut-être même la galaxie. Encore une fois.

Mass Effect 2 est la dernière superproduction du studio BioWare, grand spécialiste des jeux de rôle depuis les années 90, qu’ils se déroulent dans un environnement héroïc fantasy (Baldur’s Gate, Neverwinter Nights ou, en 2009, Dragon Age : Origins) ou science-fiction (Star Wars : Knights of the Old Republic et le premier Mass Effect). Il reprend les aventures du commandant Shepard là où se terminait l’épisode précédent. Mais pas d’inquiétude pour les nouveaux arrivants, les références au passé sont plutôt rares et toujours très compréhensibles.

En résumé, le commandant Shepard est devenu une légende vivante à la fin du premier opus en permettant à la Citadelle, centre névralgique de la diplomatie galactique, de survivre à une attaque des geths, androïdes bénéficiant d’une intelligence artificielle collective. Au début de ce deuxième épisode, Shepard meurt. Enfin, pas tout à fait. Il est récupéré et « réparé » par Cerberus, une organisation clandestine humaine dirigée par l’énigmatique homme trouble, qu’on ne verra jamais autrement qu’en visioconférence. Mais ce sauvetage n’est pas désintéressé. Cerberus a besoin de Shepard : plusieurs colonies ont été anéanties par les étranges récolteurs. L’homme trouble en est persuadé, ce n’est qu’un début.

Mass Effect, prévu dès le premier épisode pour être une trilogie, est une œuvre de science-fiction dans la lignée des grands cycles que sont Dune ou Hypérion. L’aventure proposée au joueur se déroule donc dans un univers riche et complexe. Politique, économie, conflits ouverts ou latents, civilisations éteintes, et traditions millénaires, tout y est. Mais, contrairement à un roman ou un film, c’est au joueur de décider ce qu’il veut découvrir, et comment. On peut donc écouter distraitement les conversations dans les rues d’Illium, planète dédiée au commerce ultralibéral, ou participer à de longues discussions avec les personnages que l’on croise. Les plus curieux pourront même parcourir l’immense base de données (le codex) dans les menus du jeu. De quoi satisfaire notre curiosité sur les asaris, ces femmes bleues qui vivent plusieurs siècles, et leurs « probatrices », redoutables justicières religieuses.

Pour la construction même de l’histoire, BioWare semble s’être inspiré de celle d’une série télé, en soignant la trame scénaristique comme jamais. En effet, au-delà de l’univers particulièrement consistant dans lequel évolue Shepard, chaque mission possède son propre processus dramatique, avec un objectif, des découvertes, parfois un ou plusieurs retournements et une conclusion. On est loin des sempiternels donjons construits sur la répétition infinie du modèle salle-monstre-trésor qui ont longtemps prospéré dans les jeux de rôle. Retrouver le père d’un équipier, retourner sur le lieu de captivité d’une alliée qui a servi de cobaye durant toute son enfance, suivre la trace d’un assassin virtuose pour le recruter, à chaque fois, c’est un peu un nouvel épisode de la saison deux de Mass Effect. Avec, parfois, une évolution dans l’épopée principale qui permet de se rapprocher du dénouement. Un mécanisme qui rappelle un peu celui des séries Star Trek. Ce n’est sans doute pas un hasard.

On en oublierait presque que Mass Effect 2 est aussi un jeu vidéo d’action. Car pour arriver au bout des missions, il faut faire parler la poudre. Accompagné à chaque fois de deux comparses (choisis dans l’équipage qui s’étoffe petit à petit), il faudra se débarrasser de puissants groupes de mercenaires, combattre des cyborgs géants et, bien sûr, s’occuper de ces inquiétants récolteurs. C’est sans doute une des grandes réussites de Mass Effect 2 : les expéditions militaires sont suffisamment intenses pour donner envie au joueur, durant les instants plus calmes, de contempler et découvrir. Et de profiter de tous ces mondes qui l’entourent.

Paru dans Libération du 16 février 2010


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