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vendredi 20 juin 2008 09:55

  • télévision

« Le service public restera sous-financé »

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : politique , publicité

Hervé Chabalier, fondateur et PDG de l’agence Capa. Photo Frédéric Stucin. M.Y.O.P.

Hervé Chabalier, 62 ans, est le patron de l’agence de presse télé Capa. Depuis février, il fait partie de la commission Copé qui réfléchit à l’avenir de la télé publique sans pub. Quatre mois marqués par des couacs à répétition  : flou sur le financement de la compensation de la pub, polémique sur la redevance ou la fusion des rédactions. Alors que la commission vient de mettre la dernière patte au rapport qu’elle remettra à Nicolas Sarkozy le 25 juin, Chabalier s’explique.

Pendant que vous réfléchissiez à l’avenir de France Télévisions, Jean-François Copé et le gouvernement offraient des cadeaux aux chaînes privées. Avez-vous été l’alibi de Sarkozy pour renflouer TF1 ?
Je ne pense pas. La décision de Nicolas Sarkozy d’aider le secteur privé n’avait besoin d’aucun alibi et avait été prise il y a bien longtemps. Mais c’est vrai que c’était malvenu. Pour les salariés de France Télévisions, c’était : on vide nos tiroirs et on remplit ceux des autres. Ça a été un des moments où le risque d’implosion de la commission a été le plus fort  : je me suis posé la question de partir. Mais je suis resté, parce que c’est une commission de réflexion et de propositions, elle ne décide pas. Et aussi parce que cette commission va servir de squelette –au bon sens du terme– au projet de loi.

Le panachage de taxes que vous préconisez suffira-t-il à assurer le financement de France Télévisions ?
Tout ce qu’on propose est financé. Mais mon grand regret, c’est que notre scénario ne peut pas faire sortir le service public de son sous-financement chronique. L’augmentation de la redevance n’était pas possible, ça aurait été retoqué. L’indexation de la redevance sur l’inflation a été un long combat puisque le Président ne voulait pas en entendre parler. L’indexer ne veut pas dire augmenter la redevance, mais empêcher qu’elle diminue. La redevance reste le réacteur principal de France Télévisions  ; s’il n’est pas alimenté par l’indexation, alors là, oui, c’est la fin du service public.

On dit que l’Elysée pourrait retoquer une partie de votre scénario de financement...
Je ne m’immiscerai pas dans le jeu politique. On est encore dans une démocratie parlementaire, on verra.

Le média global que vous préconisez pour France Télévisions, c’est pas une tarte à la crème ?
Si c’est une tarte à la crème, alors elle est encore très fraîche puisqu’en Europe, seules la Finlande et la Grande-Bretagne sont passées au média global. Ce n’est pas une fantaisie, c’est la révolution numérique, c’est une cure de modernité  : le conte­nu devient le centre de l’organisation et le contenu est ensuite diffusé soit vers une chaîne, soit vers le mobile, soit vers Internet. Et puis on renforce les missions du service public, notamment en proposant qu’il y ait de l’info sur France 5 et France 4.

A combien d’emplois supprimés évaluez-vous le passage au média global ?
Il n’y aura aucun licenciement.

On a beaucoup parlé d’un retour à l’ORTF...
Je ne comprends pas pourquoi. L’indépendance de France Télévisions sera renforcée puisque le CSA fournira des noms au conseil d’administration de France Télévisions qui élira son président parmi cette liste.

Pourquoi avoir reculé sur la transformation de France 3 en sept chaînes régionales ?
Le principe de réalité nous a rattrapés. La direction de France Télévisions nous a expliqué qu’en régions, on ne peut pas encore avoir de programmes au niveau. Mais on a demandé plus de décrochages, et on conti­nue de penser qu’il faudra des chaînes locales ­fortes.

Souhaitiez-vous la fusion des rédactions ?
A terme, c’est la logique du ­média global, comme à la BBC, comme en Finlande et bientôt à TF1. Il faut harmoniser la puissance de l’info de France Télévisions. Déjà, il y aura un seul directeur de l’info avec des directeurs de rédaction pour chaque chaîne. Mais ce rassemblement entre les forces d’info de France Télévisions se fera et ce sont les journalistes eux-mêmes qui le feront.

Au fond, c’était une bonne idée, cette suppression de la pub ?
Je n’ai jamais été contre la pub. En même temps, je trouve bien que le service public sorte de la pression publicitaire. Est-ce qu’il fallait le faire de cette manière, aussi rapidement  ? Je ne sais pas. Mais je suis content du rapport final de la Commission, là s’arrêtent nos responsabilités. Après, que le pouvoir politique démonte tout, ce n’est plus de mon ressort de professionnel mais de mon ressort de citoyen.


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