mardi 26 février 2008 10:51
Le site de notation des profs passe son examen au tribunal
Note2be, très prisé des élèves, est visé par une demande de fermeture.
par Amélia Blanchot
tags : blog , éducation , site
Salle de classe à Epinay-sur-Seine. Note2be a dépassé les 100000 connexions par jour. 50000 enseignants ont ainsi été évalués par leurs élèves. Photo Edouard Caupeil. Luce
Le slogan de départ avait l’allure soixante-huitarde : « Prends le pouvoir, note tes profs. » Baptisé Note2be, le premier site de notation des enseignants par les élèves est en ligne depuis le 2 février. En moins de trois semaines, il a eu l’effet d’une bombe. Le 14 février, le Snes-FSU, syndicat majoritaire dans les collèges et lycées, accompagné d’une cinquantaine d’enseignants indignés par cette méthode d’évaluation, ont assigné en référé les responsables du site, pour trouble manifestement illicite à l’ordre public, et exigé sa fermeture. L’audience a eu lieu hier matin au tribunal de grande instance de Paris, et la décision sera rendue le lundi 3 mars. Stéphane Cola, l’un des cofondateurs, reste pourtant « serein. On a respecté scrupuleusement la loi ». En attendant la décision de la justice, il suffit toujours de quelques clics pour qu’un élève se mette dans la peau de son professeur. Il attribue six notes, selon les critères suivants : intéressant, clair, disponible, équitable, respecté, motivé. Les parents, eux aussi, peuvent voter. Au final, une note sur 20 est attribuée, et, selon Stéphane Cola, la moyenne est de 14, un résultat plutôt honorable. 50 000 professeurs ont ainsi été évalués, de n’importe quel établissement, public ou privé, de la maternelle au supérieur. Et plus la polémique enfle, plus le site a de succès auprès des internautes : il a dépassé les 100000 connexions par jour. Malgré ses bons résultats, le corps enseignant est loin d’être convaincu. Au-delà des railleries entre collègues à la salle des profs, l’inquiétude se fait sentir. Entre le « top 5 » des meilleurs profs du jour dans chaque établissement, et le « top 25 » des meilleures écoles, collèges, lycées et facs, un goût amer l’emporte. « Sur Internet, on évalue tout. Nous ne sommes pas de la marchandise », déplore Aurélie, 24 ans, enseignante en primaire en Moselle. « Ça peut devenir malsain, surtout au niveau des parents, qui vont vite dans le sens de leurs enfants. Il risque d’y avoir une sélection dans les établissements », affirme Audrey, 23 ans, enseignante de primaire en Meurthe-et-Moselle. « Quelle légitimité peut avoir un tel site ? Je ne suis pas contre le principe d’évaluation, mais pas dans ces conditions », tempère Christophe, 32 ans, enseignant dans un lycée lyonnais. Outre l’action en justice, une pétition sur Internet, le blog « contrenote2be », a recueilli 3 200 signataires. La Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) a aussi effectué un contrôle dans les locaux du site, suite à 17 plaintes et 160 signalements. Elle rendra un avis le 6 mars. L’évaluation, tendance gouvernementale du moment, est évoquée dans le controversé rapport Attali : « L’évaluation des professeurs ne peut pas reposer uniquement sur les notes qu’obtiennent leurs meilleurs élèves ni sur l’examen d’inspecteurs […] Elle doit aussi reposer sur une évaluation de leur pédagogie par leurs élèves… » Chef d’entreprise de 36 ans, Stéphane Cola, cofondateur du site, était candidat UMP aux municipales dans le VIIIe arrondissement, sur la liste de Pierre Lellouche. En pleine polémique, il s’est retiré de la campagne car « cela devenait trop lourd à porter ». Et même si on l’a « accusé d’être un sous-marin de l’UMP », il assure que le site n’a rien de politique. L’idée lui est venue sur les bancs de l’école. « Qui n’a jamais rêvé de noter un de ses profs ? » interroge-t-il. Lui croit dur comme fer à son projet : « Il faut faire confiance aux enfants, ils ne sont pas dupes. On ne prétend pas se substituer à la notation officielle, mais apporter un angle de vue complémentaire. » Ce que Francis Berguin, secrétaire national du Snes-FSU chargé des questions juridiques, qualifie d’« évaluation des enseignements, mais pas des enseignants, ce qui est différent ». Xavier Darcos, ministre de l’Education, a condamné cette initiative. Mais Francis Berguin regrette qu’il n’ait pas soutenu les enseignants dans leur action en justice : « Il fait beaucoup de déclarations, mais n’agit pas. » Stéphane Cola n’est pas étonné de la réaction du ministre : « Il est prisonnier du pouvoir syndical, je vois mal un ministre de l’Education ne pas soutenir une telle levée de boucliers. »
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