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mardi 4 mars 2008 11:30

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Le site de notation des profs recalé

La justice interdit à Note2be.com de mentionner des noms d’enseignants.

par Didier Arnaud

tags : politique , site

50 000 professeurs auraient été évaluées par des élèves depuis le lancement du site. Photo Sébastien Calvet

Notation interrompue. Les profs ne pourront plus être évalués par leurs élèves. C’est ce que le tribunal des référés de Paris a fait valoir, hier, en enjoignant le site Note2be.com à suspendre « l’utilisation de données nominatives d’enseignants aux fins de leur notation et de leur traitement ainsi que leur affichage sur les pages du site ». Dans son jugement, le tribunal parle de ces limites qui portent atteinte aux activités d’enseignement, mais aussi de la liberté d’information et d’expression. « On a tout gagné, s’est félicité Francis Berguin, secrétaire national du Snes-FSU. L’ensemble de la profession enseignante sera satisfaite de la décision rendue. » Pour le même syndicat, Catherine Gourbier a surenchéri  : « Je pense que ce n’est pas aux élèves de noter les professeurs. Sur ce site, tout le monde pouvait faire n’importe quoi. »

N’importe quoi  ? En quelques clics, les élèves pouvaient attribuer six notes aux professeurs selon les critères suivants  : « intéressant », « clair », « disponible », « équitable », « respecté », « motivé ». Les professeurs pouvaient entrer dans un classement du top 5, et les établissements dans un top 10. Le site avait du succès. Plus de 100 000 connections par jour, selon ses responsables. 50 000 professeurs ont été évalués.

Note2be.com a suscité des réactions très vives dans la communauté enseignante. Certains ont été « très touchés, choqués », voire « indignés », de se retrouver livrés ainsi en pâture aux élèves. Plusieurs centaines de professeurs auraient saisi la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). Une cinquantaine d’enseignants ont assigné les responsables du site. Catherine Gourbier explique qu’une collègue a été, avec ce site, « retrouvée » par un conjoint violent. Claudie, enseignante de SVT (sciences de la vie et de la terre) dans un lycée de l’Essonne, a trouvé la chose fort « désagréable ». Elle a aussi été « surprise et agacée ». Ses notes  ? « Un 14 en clarté », et « un 9 en disponibilité ». Ce n’est pas tant sa note globale, un 12, que le fait de voir son nom, son affectation « et cette impossibilité de pouvoir répondre à qui que ce soit » qui l’ont gênée. Ceux qui ont eu une note très basse se sont sentis atteints. « C’est un jugement extrêmement négatif, porté sur eux et mis sur la place publique », dit-elle. « Pour certains, c’est vécu comme un lynchage. »

Pour Claudie, l’affaire arrive au moment où « on se bat pour nos salaires », et quand plane un « mépris pour notre profession ». Patrice Wach est prof de maths. Il a eu une bonne note (15,6), et l’histoire du site ne l’a pas perturbé. « Que les élèves n’aiment pas les profs, il n’y a rien de nouveau », résume-t-il. « Le seul aspect gênant, c’est la trace écrite. » Même si derrière cette colère se profile celle de l’évaluation. « Tout le monde est d’accord pour évaluer les professeurs  ; le problème c’est comment le faire. » Selon lui, le système d’inspection n’est pas au point. Quant à l’avis des élèves, « il n’est pas nul, même s’il ne peut être un élément déterminant pour savoir si tel ou tel est un bon prof ». Patrice estime que c’est une tempête dans un verre d’eau. « Pendant ce temps-là, on ne parle pas des 11 000 professeurs supprimés pour réaliser des économies. Dans mon lycée, nous avons des classes à 35. »

Le responsable du site, Stéphane Cola, chef d’entreprise, a été inscrit un temps sur la liste UMP de Pierre Lellouche, dans le VIIIe arrondissement de Paris. Lellouche se montre « réservé » par la démarche « chez des adolescents où l’émotion prime sur la maturité ». Nathalie Beslay, le conseil de Stéphane Cola, a noté que cette décision avait une « portée non neutre sur le fonctionnement du site et la liberté d’expression ». Quant à Stéphane Cola, il s’est dit « surpris » par la décision des juges qui ont mis « dans la balance la tranquillité des enseignants et la libre expression des élèves ». Selon lui, les élèves pourront continuer à noter les établissements, mais pas les professeurs. Il se donne quelques jours pour décider de l’avenir de son site, qu’il considère, modestement, comme un des « plus beaux lancements sur le Web. On a ouvert un vaste mouvement d’expression [il évoque 200 000 connexions pour ­dimanche, ndlr] qu’on ne peut interrompre ». Il fera appel de la décision.

La Cnil devrait rendre son avis le 6 mars autour de la légalité (ou non) d’afficher des données personnelles. Quant à Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, il a pris acte « avec satisfaction » de la décision du tribunal, réitérant son « soutien » aux enseignants.


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