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lundi 30 janvier 2012 15:05

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Le tour de l’humanité en 2 951 images

par Marie Lechner

tags : moteurs de recherche , Google , art numérique

C’est l’histoire de l’univers qui défile sous nos yeux. D’abord, il n’y a rien, puis apparaissent des points lumineux, de plus en plus denses, des planètes, des voix lactées et, brutalement, l’image de la statue de la Liberté, avec sa flamme luisante, des scènes nocturnes, des femmes nues, un bombardement de visages, de logos, de voitures, de fusils, d’Anonymous et d’ordinateurs… « C’est comme une conscience émergente, qui tenterait de comprendre le monde à travers l’information qu’elle trouve sur le Net », note, fort justement, un commentaire.

La vidéo de Sebastian Schmieg fait partie d’une série d’expérimentations sur la fonction de Google « recherche par image ». Au lieu du texte, on poste une image de son choix et le moteur affiche des images similaires. L’artiste berlinois a lancé une recherche à partir d’un PNG (format ouvert d’image numérique) transparent, pris le premier résultat, puis l’a reposté dans le moteur de recherche par image et ainsi de suite, récursivement. La vidéo est une compilation de 2 951 images.

« En choisissant cette image "transparente", je me demandais où Google me mènerait si ma requête était vide, du moins aussi vide que possible. » Cette nouvelle manière de naviguer dans la base de données, propice aux accidents, le fascine. « Rapidement, j’ai constaté qu’il se passait des choses étranges. Un visage humain mène à un bébé nu ou une femme nue, un câble USB mène à un fusil. L’algorithme tente de comprendre l’image mais parfois il échoue lamentablement. »

 

 

L’artiste souhaitait explorer la manière dont cet algorithme fonctionne, ce pour quoi il est efficace (« un excellent outil pour détecter les violations du copyright »), voir dans quelle mesure un algorithme était capable de comprendre une image, une compétence qui différenciait jusque-là clairement l’homme de la machine.

« Dans les films, une image réfère toujours à l’image qui la précède. D’où ce sentiment de flux, de continuité. Naviguer sur le Web est souvent du même ordre. Nous posons des questions, suivons les résultats de la recherche, cliquons sur des liens. C’est un chemin tout tracé que nous suivons et qui raconte une histoire. » La recherche par image est moins prévisible, plus chaotique. L’artiste a élaboré un programme (disponible en ligne) qui génère automatiquement ces vidéos. Ce qui lui permet de multiplier les expériences.

Par exemple, à partir de son propre portrait (« je voulais voir comment l’algorithme de Google me perçoit et à qui ou à quoi il me connecte »), ou de la vidéo la plus populaire sur YouPorn. « Beaucoup d’images de nus ne sont pas du porno mais des photos de gens qui ont des maladies liées aux seins ou au pénis. »

 

 

Enfin, la vidéo Earth propose une variation sur une photo de la Terre : « Elle est une et unique, mais avec ou sans copyright, montrant la beauté du globe ou détournée de manière amusante. » Son objectif est de créer un cabinet de curiosités qui laisse la place à la fascination mais aussi à l’échec, avec ses références à la science-fiction, au passé, à l’archive.

 

Paru dans Libération du 28 janvier 2012


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