Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

mardi 15 novembre 2011 12:15

  • jeux

Le trip « El Shaddai »

par Olivier Séguret

tag : Moi jeux

DR

Voilà plusieurs semaines qu’un jeu au titre bizarre me grattait la mauvaise conscience. Comme tant d’autres, il aurait pu disparaître dans le siphon impitoyable de l’actu, frêle frégate écrabouillée par les porte-avions de la saison. Mais ce jeu a miraculeusement trouvé ce week-end le passage secret qui relie, au fond de ma chambre, la pile des « pas joués » à la rampe de lancement sur consoles. Et ce fut comme si, tout à coup, l’air s’était chargé d’une électricité multicolore et fluorescente, prélude à un basculement complet dans de multiples nouvelles dimensions.

El Shaddai : Ascension of the Metatron (oui, oui) est une géniale aberration qui pulvérise tous les repères du joueur. On y incarne un intrépide soldat antique du nom d’Enoch, créature mystique blonde et imberbe pleine de biscotos. Hanté par un dialogue obscur mais illuminé le mettant aux prises avec le ciel et les ténèbres, Enoch parcourt d’ahurissants mondes parallèles discontinus qu’il purifie en tranchant les âmes sombres qui y suintent. La volonté de rupture d’El Shaddai s’exprime par un radicalisme au cube : dans ses graphismes mirobolants, dans son gameplay minimaliste et dans la conception mentale, l’idée même qu’il se fait (et nous transmet) de l’expérience du jeu. Nappé d’une confiture biblique poilante, il ne propose pas tant une partie qu’une expédition graphique, un animé interactif - et surtout un trip.

La fausse question religieuse, dont le jeu tricote les thèmes en un patchwork surréaliste, nourrit en permanence sa propre disqualification : la tambouille est trop folle pour ne pas être à la fois ironique et profane. L’équipe d’Ignition Entertainment, avec à sa tête le fiévreux Sawaki Takeyasu (à la fois réalisateur et character designer, cas de figure plutôt rare), s’est offert une carte blanche d’une incroyable fraîcheur. À quel genre appartient leur travail ? Bon courage à celui qui voudra le déterminer, comme le sexe des anges dont il est ici beaucoup question. Le Net bruisse d’interprétations au moins proustiennes à propos des rapports entre le blond Enoch et son ange brun Lucifel. Ce dernier offre régulièrement son corps au joueur pour y loger ses sauvegardes, lesquelles, explique-t-il, seront ensuite confiées à Dieu. Voilà le genre de choses extravagantes que ne cesse d’affirmer ce jeu aux allures d’opéra wagnérien acid et kitsch. Et voilà pourquoi El Shaddai forme une Nouvelle Vague à lui tout seul.

 

Paru dans Libération du 14 novembre 2011


Il y a 0 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

Moi jeux - La cinématrice

article précédent
« Zak », le R’n’B monte le con
article suivant
Le medley de l’Internet


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Olivier Séguret
  • réactions (0)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen

Lib.fr

  • A la une de «Libé» : Plans sociaux, ce que peut faire la gauche
  • Cynisme
  • Fin du vote en Égypte
  • Là où l'ex-UMP Vanneste affronte l'UMP
  • 58% des Français font confiance à Hollande
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008