jeudi 9 juillet 2009 15:29
Le vierge Mario
Et sinon, le sexe dans tout ça ?
par Olivier Séguret
tag : sexe
La star du X US, Ron Jeremy, grimé en Mario. C’est beau - DR
Allez, une dernière question aux gamers avant la parenthèse grand bleu. Une question pour les vacances, une question de saison torride : et sinon, le sexe dans tout ça ? Ouh là là ! mais de quoi il parle celui-là ! On n’est pas dans un lupanar ici,
on est au pays du jeu vidéo. Un pays merveilleux où on peut déchaîner toutes sortes de violences, détruire qui nous déplaît et même qui nous plaît, carboniser des villes, génocider des peuples. Un pays où la transgression est encouragée, exaltée, récompensée : voler des pauvres, fuir lâchement, abattre des flics. Un monde sans loi ni code de la route, un monde sans limite à la pollution ni au gaspi. Mais attention : ce monde est aussi garanti sans organes génitaux, sans libido et sans sexualité. Ouf, on respire.
Certes, le trait est un peu excessif : la sexualité a bien pointé quelquefois le bout de son téton virtuel dans quelques jeux fameux. Il y a d’abord tout le bataillon de pin-up castagneuses dont les formes abusives ont toujours été un argument en faveur des Dead or Alive ou Street Fighter. Il y a aussi le versant Sims du problème et les progrès accomplis par la série en matière de mœurs. Mais la plus populaire des simulations sociales n’accorde à la chose qu’un espace encore très balisé et n’avance qu’à pas de loup sur les questions de la drague et du sexe. Il y a enfin le jeu « pour adultes », fermé sur lui-même, produit à caractère plus ou moins porno, dont la fonction est identique à celle d’un film de cul et qui, à ce titre, a plus à voir avec l’industrie du X, dont il émane souvent, qu’avec celle du jeu. Ce modèle connaît un essor particulier en Asie, où il est notamment populaire sur les téléphones mobiles. Mais un jeu où le sexe serait un élément courant de la vie, un jeu où la sexualité du héros et des personnages ne serait pas une parfaite abstraction, c’est beaucoup plus difficile à imaginer qu’une simulation de viol dans le métro de Tokyo. Même un type aussi décoincé que Peter Molyneux, dont les deux Fable s’efforcent de banaliser, en les rendant amusantes, les options libidinales (et les messages prophylactiques), n’est pas encore parvenu à donner une traduction virtuelle profonde à cette activité pourtant cruciale du réel humain. Sans aller jusqu’à déshabiller le vierge Mario (très bear, finalement, le plombier italien), n’est-il pas temps, pour le jeu vidéo, de se poser des questions sur ces trois poils qui lui poussent au menton ? Paru dans Libération du 9 juillet 2009
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