vendredi 23 février 2007 13:14
Le wiki fait la force
par Professeur Scrine (recueilli par Stéphanie Estournet)
tags : communauté , wiki , Wikipédia , Professeur Scrine
Alors que Wikipédia est entré dans le top 10 des sites Internet aux Etats-Unis, on me demande encore, plus ou moins ouvertement il est
vrai, des précisions langagières : « Bouddha a dit : doutez de tout, et surtout de ce que je vais vous dire. Doit-on douter des wikis ? » (Al et Loula, apprentis mystiques). « Professeur, le crowdsourcing est-il une possible réponse à la pénurie d’eau annoncée ? » (Marguerite C., déléguée Verts). Les sites wiki ont désormais atteint un stade de maturité. Passages obligés du Web – notamment via le fameux Wikipédia, ils se sont imposés au début
des années 2000 par leur simplicité d’utilisation, leur immédiateté et, bien sûr, la richesse de leur banque de données communautaire. L’idée, c’est que chaque internaute détient potentiellement un savoir dont le partage est bénéfique à la communauté. Exemple : vous connaissez par chœur la vie de Francis M., écrivain, journaliste, chevalier de etc. Et clic et clac, sur une wikiencyclopédie, vous créez votre article, que vous ou quiconque pourrez modifier par la suite, enrichir, corriger. Autant dire qu’il s’agit d’une utilisation
optimisé du média Internet combiné à la réalisation d’une sorte de fantasme collectif qui se résumerait à : l’union fait la force, encore plus si c’est gratuit et accessible à tous. Le wiki est devenu, depuis son invention en 1995 par l’informaticien Ward Cunningham, une évidence et, comme pour les chaînes de télé, chacun peut avoir ses préférences en fonction de ses centres d’intérêt : fan de questions européennes, amateur de généalogie, guitar-hero. Bien entendu, un tel système implique des variations de qualité et de niveau. Vous pouvez ainsi parcourir un article particulièrement pointu, voire illisible parce qu’écrit par LE spécialiste (autiste) du sujet, alors que vous n’auriez souhaité qu’une simple définition, un schéma basique ; ou au contraire parcourir une définition pondue par Neuneu avec dix-huit fautes d’orthographe par ligne, aucune connaissance des règles de typographie élémentaires, etc. Mais dans un cas comme dans l’autre, la dynamique du groupe et sa variété permettront de rapidement corriger le tir. C’est cette combinaison dynamique-variété qui a fait le succès des wiki et insufflé au Web des idées, disons, économiques. Car la gratuité, c’est bien beau mais ça ne nourrit pas son internaute. Or le meilleur moyen de faire perdurer ce système était de le voir générer une économie. C’est ce qu’ont initié les développeurs du crowdsourcing. Premier jalon de ce processus : un partage, non plus simplement d’idées ou de définitions, mais de biens. C’est, par exemple, Flickr, où, selon les options choisies par les internautes ayant mis en ligne, vous pouvez utiliser des photos libres de droits en les mettant, par exemple, sur votre site avec leur copyright. C’est pratique, mais, me direz-vous, ça ne rapporte pas un rond si ce n’est à Flickr. Sans comptez que, si vous étiez photographe professionnel, il n’y a plus qu’à espérer que vous n’étiez pas free-lance – je suggère une reconversion dans l’e-marketing… Deuxième jalon : comme nos primitifs ancêtres passés du troc à l’économie de marché sans même s’en rendre compte, des sites participatifs (crowd, la foule) à but lucratif voient bientôt le jour. Ils proposent de faire appel à des scientifiques pour des missions ponctuelles, à des petites mains pour des tâches que les
ordinateurs sont encore incapables de faire (comme, par exemple, une description de photo). Le tout étant rémunéré en fonction de la tâche – vous n’imaginiez tout de même pas vous payer votre jacuzzi en regardant des photos). Entre le large marché des scientifiques et celui des petites mains, on a vu émerger un commerce plus large et plus ludique, qui invite l’internaute à, par exemple, créer la pochette d’un disque pour Sony
ou carrément, à réaliser un spot de pub. Cette dernière idée est venue de Current.tv, la chaîne d’Al Gore, qui propose aux internautes de réaliser de vrais films publicitaires pour de vrais produits (votes des internautes – alibi communautaire – et quelques billets au bout – alibi économique, surtout pour la marque qui réduit considérablement son budget pub). Moins spectaculaire mais également populaire, Cambrian House propose à ceux qui ont des idées de logiciel de les soumettre au vote des internautes. Chaque mois, seize idées sont sélectionnées, l’heureux gagnant verra son idée développée et recevra des royalties. Le crowdsourcing est une pommade pour l’individu parce qu’il le flatte et lui ouvre des perspectives. Il lui dit : tu es créatif, et grâce à ton talent, tu vas gagner de l’argent – on a d’ailleurs du mal à évaluer concrètement ce dernier point pour l’ensemble des sites visités. Une chose est sûre, cependant : les créatifs professionnels, à ce rythme, ne tarderont pas à rejoindre les photographes sur le chemin de la reconversion.
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