jeudi 13 janvier 2011 20:00
Professeur Scrine : V0u2 v01lÀ pRÉv3nU2
par Professeur Scrine (recueilli par Stéphanie Estournet)
tags : geek , Professeur Scrine
Alors que Twitter est métamorphosé en scud par la justice américaine face à son ennemi numéro 1 du moment WikiLeaks, on me demande encore, plus ou moins ouvertement il est vrai, des précisions langagières : « Professeur, les forums sont truffés de zyva du Net, comment les exterminer ? » (Thomas K. étudiant à principes). « KikOO, l>R0F, J" l Je vous le disais dans un billet précédent, les argots se développent au sein de communautés. Souvent sociolectes, en ceci qu’ils vivent au travers d’un groupe lié par sa culture et/ou son rang social, ils ont pour vocation première de communiquer avec les siens tout en créant un rempart face à l’étranger, au danger potentiel. Ainsi, le parler autour des drogues, et particulièrement du deal évolue-t-il à grande vitesse, l’essentiel étant de n’être pas compris par qui ne doit pas comprendre. Sur le même principe, les communautés du Net, certaines se greffant à celles de la vie réelle comme les KikOOLOL, d’autres étant propres au média, ont développé leur jargon. Quiconque s’est hasardé au sein d’un jeu de rôle en ligne massivement multijoueurs (MMORPG) du type World of Warcraft, a dû se familiariser notamment avec un lexique d’acronymes. Et jusqu’à la pause pipi (ou ce que vous voulez), signalée par un BRB (Be right back) ou un AFK (away from keyboard). Un tronc commun pourrait être dessiné à l’ensemble des jargons des communautés du Oueb. S’il y a un vocabulaire spécifique à ce jeu où il s’agit de cueillir des fraises sans tomber dans les pièges du Magicien Aux Dix-Sept Pouvoirs mais en couchant avec la pulpeuse pilote de l’Aston Voum-Vroum, le forum sur lequel vous vous rendrez parce que vous n’arrivez pas à faire céder la blonde se pratiquera via un jargon en partie propre à tous les forums — en tout cas de gamers. Dans tout ce bazar, le leet speak, ou l33t 5p34k, ou 1337 5p34l<, est l’exemple le plus affirmé du jargon qui perdure. Né dans les années 80 ce langage de l’élite était utilisé par des informaticiens soucieux de se protéger du piratage - oui, déjà. Ils n’étaient pas sur la Toile, mais ils avaient déjà des gros sabots qu’on appelait modems, sur lesquels on posait 1,2 kilo de combiné téléphonique. Là encore, pour dresser un rempart entre eux et le danger, ils inventèrent un langage ludique fait de chiffres et de simili-lettres. En constante évolution, graphiquement, grammaticalement, le leet speak, récupéré par une culture oueb qui déborde d’une communauté à l’autre, est désormais davantage un signe de reconnaissance entre grands pratiquants : témoins, Free qui, lançant sa Revolution, choisit le visuel d’une box affichant 1337 ; ou encore Google ou Facebook accessibles aux leetspeakers. On voit par ailleurs, sur nombre de forums, une récupération ultrasimplifiée du leet speak par les kikOOLOL. Ils se veulent geeks, ils se veulent incompréhensibles, ils se veulent malins. La kikOOpseudogeekmania dérivera, et les leetspeakers auront tout le loisir de faire renaître leur langue de leurs cendres. V0u2 v01lÀ pRÉv3nU2. 80nn3 KW1n241N3 5ur v02 ÉCr4n2. Retrouvez les écrits de Professeur Scrine. Retrouvez aussi tous les maraboudficelles de Miss Gloss.
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