Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

lundi 29 novembre 2010 08:51

  • internet

Lendemains de tweet difficiles à Doncaster

par Sonia Delesalle-Stolper

tags : justice , twitter , Royaume-Uni

CC BY SA - Dbertman

De notre correspondante à Londres

D’une frustration d’amoureux à une condamnation ubuesque, Paul Chambers, un comptable de 27 ans, n’en revient toujours pas. Mais au royaume de l’absurde, l’humour, même noir, n’a pas bonne presse.

Ce matin de janvier 2010, Paul Chambers est frustré. Il fait un temps de chien et, pour arranger le tout, l’aéroport « Robin-des-Bois » (si, si, c’est son nom) de Doncaster est bloqué par la neige. Paul est amoureux de « Crazycolours » (son pseudo sur Twitter) et a prévu de la rejoindre quelques jours plus tard à Belfast (Irlande) en prenant l’avion. Il décide donc de faire partager sa frustration à ses amis de Twitter et poste le message suivant : « Flûte ! L’aéroport de Robin Hood est fermé ! Vous avez une semaine et quelque pour résoudre votre “m…e” ou j’explose l’aéroport !! » Frustré, on vous dit. Le message à l’humour certes un peu lourd — « c’était idiot », a reconnu Chambers — est perçu comme tel par un employé de l’aéroport. Il se sent tout de même obligé d’en référer à son chef, qui lui-même, pas inquiet pour un sou, décide d’avertir la police, c’est la procédure.

Quelques jours plus tard, Chambers est à son travail lorsqu’il voit débarquer la police venue l’interpeller. Fouille de son appartement, saisie de ses téléphones et ordinateurs, transfert au commissariat, placement en cellule : la garde à vue dure sept heures. Et débouche quelques mois plus tard sur une mise en examen puis une condamnation à 350 livres d’amende (413 euros), confirmée récemment en appel, auxquelles se greffent 2 600 livres (3 000 euros) de frais de justice. Presque à court de recours, Paul Chambers, désormais assisté par Ben Emmerson, un avocat spécialisé dans les atteintes aux droits de l’homme, a décidé de porter son cas devant la High Court, la plus haute instance judiciaire britannique, pour faire annuler sa condamnation et rétablir son honneur.

« Il ne s’agit pas de l’amende, il s’agit de sa condamnation et de son inscription sur son casier judiciaire », explique son autre avocat qui le suit depuis le début de l’affaire, David Allen Green. Désormais, Paul Chambers se présente ainsi sur Twitter : « Fut un temps un idiot relativement inconnu, exporte désormais mondialement l’idiotie. » Ce passionné de cinéma, qui a perdu deux emplois à cause de cette affaire, est devenu un héros ou un martyr pour les utilisateurs de Twitter et un cas d’école pour les universités de droit. « Si sa condamnation est annulée, cela pourrait créer un précédent », explique David Allen Green.

Plusieurs personnalités lui ont apporté leur soutien, et le comédien Stephen Fry, grand Twitterer devant l’éternel, a même proposé de payer l’amende. Des sites ont été créés, et l’un d’eux récolte des dons pour permettre à Chambers de payer la suite de sa saga judiciaire. Un twitterer, Spartacus, est à l’origine de la reproduction massive (plus de 18 000 fois) de la blague en signe de solidarité. L’ironie est que Chambers n’a pas été condamné pour incitation ou apologie du terrorisme. Le parquet est allé chercher un obscur article de la loi sur la communication, conçue pour protéger contre les blagues au téléphone.

Et à la surprise générale, la juge en charge du procès a estimé le message de Chambers non pas idiot, mais « menaçant ». Il y a quelques mois, dans une tribune dans le Guardian (il n’accorde plus d’interviews jusqu’à ce que son cas soit réglé devant la justice), Paul Chambers, qui a gardé son compte Twitter, avait confié : « Quoi qu’il arrive désormais, je demeure terrifié. Terrifié de dire ce que je pense, terrifié à l’idée que ma vie est potentiellement bousillée » par une mauvaise blague.

Paru dans Libération du 26 novembre 2010


Il y a 5 réactions à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

justice - Facebook, une entrée en bourse « préparée avec négligence » ?

twitter - Censure : Twitter n’est pas prophète au Pakistan

Royaume-Uni - Wikipédia au secours de la recherche ?

article précédent
Je lui dirai les miaou bleus
article suivant
Les octos tricotent de l’octet


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • réactions (5)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen

Lib.fr

  • A la une de «Libé» : Plans sociaux, ce que peut faire la gauche
  • Cynisme
  • Fin du vote en Égypte
  • Là où l'ex-UMP Vanneste affronte l'UMP
  • 58% des Français font confiance à Hollande
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008