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mercredi 4 janvier 2012 12:53

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Les Américains défricheurs du déchiffrage

par Sophian Fanen

tags : journalisme , États-Unis , open data

Extrait de The Colour of Money, publié par «The Atlanta Journal» en 1988

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Le journalisme les doigts dans les données

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A la tête de l’équipe de data journalistes du « Guardian », Simon Rogers analyse la montée en puissance du travail des chiffres dans les médias.

Les relations des médias avec les données divergent largement des deux côtés de l’Atlantique. Aux États-Unis, des journalistes isolés commencent à manipuler des tableaux de chiffres dès les années 60. «Puis Philip Meyer, qui est une sorte de pape dans le domaine, publie à la fin de la décennie Precision Journalism, un manuel d’utilisation des statistiques à destination de la presse», détaille Sylvain Parasie, maître de conférence à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée, qui a longuement étudié le data journalism américain. «En 1971, le même Meyer montre que les émeutiers de Détroit, en 1967, étaient aussi bien des gens ayant fait des études que des personnes peu éduquées, et que les choses étaient donc plus complexes que ce que tout le monde pensait.»

Mais ces techniques d’enquête demandent alors un intense travail de terrain, souvent à partir de questionnaires. Les années 80 démocratisent un peu plus la démarche, lorsque les ordinateurs deviennent accessibles. Peu à peu, le journalisme de données devient une spécialité respectée, à défaut d’être comprise et pratiquée par tous. En 1989, Bill Dedman reçoit le prix Pulitzer du journalisme d’investigation pour The Colour of Money, une étude qui démontre, à partir de chiffres collectés et croisés sur des cartes très explicites, que les Noirs obtiennent moins de prêts bancaires que les Blancs à Atlanta. «Depuis les années 90, continue Sylvain Parasie, tous les grands quotidiens américains ont un ou plusieurs "journalistes assistés par ordinateurs"», pendant que les rédactions hexagonales en sont encore à se contenter d’infographies.

Cette situation tend à se rééquilibrer aujourd’hui, «mais ce type de journalisme est encore assez marginal en France, où il est souvent pratiqué par des personnalités venues de l’informatique, et notamment du logiciel libre. C’est une donnée importante ici, car leur culture les amène à questionner la transparence de l’État et par là à interroger en profondeur l’esprit critique des journalistes face aux chiffres qui leur sont fournis.»

 

Paru dans Libération du 3 janvier 2011


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