vendredi 3 février 2012 11:11
Anonymous à l’attaque de l’Hadopi espagnole
par François Musseau
Ces jours-ci résonnent désagréablement les téléphones portables de cinéastes, d’acteurs, de producteurs et autres personnalités de la culture ; à l’autre bout de la ligne, des voix anonymes, furibardes, les bombardent de noms d’oiseaux… Les intéressés dénoncent des «menaces», des «intrusions dans l’intimité», des «intimidations» ; l’un d’eux aurait même été menacé de mort. Les responsables de ces attaques par téléphone ou mail ? Anonymous, regroupement protéiforme d’activistes qui, dans la rue, se parent du masque popularisé par le film V pour Vendetta. Ils sont fous de rage depuis la fermeture de MegaUpload et, surtout, la récente entrée en vigueur d’une législation espagnole contre la piraterie. La loi Sinde (l’équivalent d’Hadopi en France), du nom de l’ancienne ministre de la Culture socialiste Angeles González-Sinde, veut «protéger la propriété intellectuelle» et prohiber «le téléchargement gratuit d’œuvres via des sites illégaux», en particulier des films de cinéma. Le tout nouveau ministre de la Culture, le conservateur José Ignacio Wert, a permis son entrée en vigueur en annonçant la fermeture «sous peu» de tous les sites permettant de télécharger musique, films ou séries. Comme mesure de rétorsion, relayée par Twitter, des membres d’Anonymous-Espagne (ils seraient entre 1 000 et 2 000) en colère ont fait fuiter sur le Net des informations confidentielles de personnalités (ministres et représentants du monde du cinéma), domiciles, numéros de téléphone fixes ou mobiles, mails… D’où cette pluie d’injures. Jusqu’alors, les représailles se limitaient à des cyberattaques contre des pages officielles, comme celle du ministère de la Culture. Les révoltés masqués ont annoncé une autre attaque le 19 février, lors de la cérémonie des Goya, les oscars espagnols. Et menacé de publier les «informations privées d’autres personnes de renom», si d’aventure celles-ci prenaient publiquement parti pour la loi Sinde. Ce qui leur vaut cette charge de l’acteur et scénariste Carlos Bardem (frère du célèbre Javier) : «Ces agressions sont d’inspiration fasciste. Oui, je suis contre la piraterie et je suis aussi internaute qu’eux. Dans l’histoire, les changements se font grâce à gens qui agissent à visage découvert.» Paru dans Libération du 2 février 2012
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