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mercredi 10 décembre 2008 09:52

  • cinéma

« Les Inséparables », haut en douleurs

Duo. L’un des derniers rôles de Guillaume Depardieu.

par Philippe Azoury

Guillaume Depardieu et Marie Vialle. DR

Les Inséparables, de Christine Dory, avec Guillaume Depardieu, Marie Vialle... 1h40.

Fatalement, il est devenu impossible de voir le premier long métrage de Christine Dory de la même façon depuis le décès précoce, insupportable, de Guillaume Depardieu. La légèreté d’un film, ses allures d’avancées en mode mineur, tout ça a subitement changé de couleur. Dory lui avait demandé d’incarner un archétype  : le garçon artiste (peintre sans reconnaissance), écorché vif au romantisme aussi noir que séduisant.

Il avait réussi à transformer ce rôle de matamore à mèche en un autoportrait en garçon dangereux. A quel moment l’acteur s’est-il mis à absorber le personnage ? Comment arrivait-il chaque fois à ce résultat où il ne s’agissait pas pour lui d’écraser le rôle par sa personnalité, mais au contraire de le laisser se couler en lui, au fur et à mesure d’un lent fondu au noir ? Il n’habitait pas le personnage, comme la critique a pu l’écrire : il laissait le personnage habiter momentanément en lui. Comment après ça ne pas enrager à la seule idée qu’on ne verra plus à l’œuvre ce braquage total, aussi stupéfiant que sa virtuosité semblait relever du plus grand naturel ? Après, il faut quand même réapprendre à voir le film en prenant le pouls de son naturalisme amoureux, le regarder pour ce qu’il est : l’histoire d’une rencontre inattendue, catastrophique et belle, entre une fille terre à terre, sinon moyenne (employée dans une agence immobilière, rêvant d’enfants et d’alliance), et un garçon idéaliste, mal dans sa peau et qui plus est accroché à la poudre. Une sorte de nouveau Elle et Lui, avec elle dans le réel et lui aux Enfers. Mal assortis à la folie, inséparables envers et contre tout. Entre ces deux-là, des ponts, des joutes, beaucoup d’amour à donner, à prendre ou à laisser.

Le cinéma de Christine Dory n’en est pas à son coup d’essai, question dissemblance  : un précédent moyen métrage Blonde et Brune, sorti en salles il y a trois ans, jouait déjà la carte du duo contraire. Aussi, on peut se demander pourquoi la cinéaste résiste toujours à faire du contraste autre chose qu’une affaire de jeu (il revient à la volontaire Marie Vialle la lourde tache d’avoir à se mesurer à l’écrasant Depardieu, armée de la seule normalité du personnage, et il faut avouer qu’elle ne s’en sort pas si mal) ou d’écriture scénaristique –avec pour question de fond la volonté qui traverse le film de part en part de voir jusqu’où on peut aimer, tenir et soutenir quelqu’un, un junk par exemple, qui doute d’être aimé et ne supporte pas pour autant d’être abandonné à lui-même. Il est dommage que pour y répondre, Dory ne bouscule pas un peu plus sa mise en scène, se contentant d’encadrer, de suivre, de regarder les choses se jouer. Il y a chez elle une volonté de vouloir faire simple, une touche attachante, mais monocorde. Est-ce à ce point dangereux de se jeter tête la première dans l’abyme du lyrisme ?

Paru dans Libération du 10 décembre 2008


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