« Les Introuvables », huit ans de cinéma cultissime
DVDphilie. La collection de Wild Side maintient un équilibre financier tout en régalant les amateurs de raretés en tout genre.
par Bruno Icher
tags : cinéma d’auteur , cinéphilie
Black Christmas (1974) ed Bob Clark, un essentiel des « Introuvables ». DR
Quand un éditeur DVD a l’aplomb de baptiser une collection « les Introuvables », il a plutôt intérêt à assurer derrière. Or, il faut bien reconnaître qu’après huit ans d’exercice, Wild Side (le vilain petit chat noir qui miaule juste avant le générique) a remarquablement tenu le cap. Beaucoup de cinéma japonais (Kurosawa mais aussi Fukasaku, Misumi, Naruse ou Gosha avec Hitokiri pour la première fois au monde en DVD), beaucoup de fantastique (De Palma, Wes Craven ou Argento), des classiques de cinémathèque (Macbeth ou Lettre d’une inconnue), du film noir (Dassin ou la Brigade du suicide d’Anthony Mann), mais aussi un lot réjouissant d’inclassables (Hamburger Film Sandwich de John Landis), sans oublier un boulot éditorial de haute volée avec l’ajout systématique de bonus eux aussi rarissimes... « L’idée de départ consistait à voir, dans les meilleures conditions possibles, des films dont toute une génération ne connaissait que des photos, dit Manuel Chiche, directeur de Wild Side. La collection aurait pu s’appeler “itinéraire d’une jeunesse cinéphile”, mais c’était un peu pompeux. » Récemment, la collection a accueilli des films méconnus de réalisateurs archicélèbres comme le Signe de la Croix et les Tuniques écarlates de Cecil B. De Mille, ou des films qui ont connu une éphémère heure de gloire en leur temps comme l’Ile du docteur Moreau, avec Burt Lancaster en fin de parcours. L’horizon s’élargit mais, fidèle à son patronyme, la collection arrive encore à surprendre. Dernier et magistral exemple, Black Christmas de Bob Clark. Un slasher classique et sérieux, mais pas n’importe lequel. Le premier de la vague des années 70 et 80 qui lance le genre sur des bases élevées, et à partir duquel les Carpenter, Hooper, Craven et compagnie ont abondamment puisé leur inspiration. Black Christmas est un petit budget sorti en 1974, soit trois ans avant Halloween, considéré pourtant comme l’acte fondateur du genre. Une résidence d’étudiantes au Canada au cœur de l’hiver, un dingo en liberté dont on ne verra pas une seule fois le visage, l’utilisation de la caméra subjective jusque dans des plans audacieux d’escalade (le bonus « Bricolage du chef op » est une petite merveille) et, au passage, quelques piques acérées lâchées sur des thèmes comme l’avortement, la liberté sexuelle ou la came que peu de réalisateurs oseraient aujourd’hui. « Black Christmas est le bon exemple de notre travail, reprend Manuel Chiche. Même si historiquement la source a tendance à se tarir, il existe encore des titres qu’on aimerait inclure à cette collection. Personnellement, un projet m’obsède depuis longtemps . Il s’agit de la Nuit du chasseur de Charles Laughton pour lequel il existe des éléments extraordinaires pour fabriquer une édition complète : une copie restaurée par Scorsese à UCLA, des rushs inédits, des commentaires de Laughton, ses dessins originaux, etc. Mais la MGM bloque les droits. » Cet acharnement à déterrer des objets de désirs pour quelques mordus est une activité qui, financièrement, reste en permanence sur le fil du rasoir. Certes, Wild Side publie aussi des titres plus grand public comme, ce mois-ci, le flippant REC de Jaime Balagueró et et la très belle édition de l’Orphelinat de Juan Antonio Bayona. Pour autant, l’éditeur aimerait bien que les Introuvables disposent d’un peu plus de visibilité dans l’océan des sorties DVD. « Une des clés de cette collection est sa représentation. Il faut que les acheteurs potentiels puissent avoir à disposition l’intégralité des sorties. Notre problème est donc de pouvoir exposer tous les titres et pas seulement les plus récents. » C’est pourquoi l’éditeur vient de conclure un accord avec la Fnac qui dispose désormais d’une exclusivité pour distribuer les Introuvables. « L’accord prévoit que chaque magasin Fnac dispose d’un espace spécial pour la totalité de ces films, sans oublier bien entendu le fait qu’on puisse trouver les titres sur Fnac.com. » L’affaire a fait enrager tous les détaillants, seuls à s’opposer aux grosses machines de guerre de la distribution, mais Manuel Chiche reste inflexible. « Je sais bien que ça ne leur fait pas plaisir, mais c’est une proposition que nous ne pouvions pas refuser. » Pendant ce temps, Wild Side prépare ses sorties pour début 2009, entre autres : Le monde lui appartient de Raoul Walsh, Taras Bulba et les Rois du soleil de Jack Lee Thomson, Queimada de Gilles Pontecorvo, Wanda’s Cafe d’Alan Rudolph, les Visiteurs d’Elia Kazan ainsi qu’une pleine fournée de westerns oubliés.
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