mardi 9 mars 2010 18:39
« Les Invincibles », quatre garçons dans l’énervant
par Isabelle Hanne
Photo Making Prod
Les Invincibles, série réalisée par Alexandre Castagnetti et Pierric Gantelmi d’Ille, saison 1, 1 et 2/8, à 22 h 20 ce soir sur Arte.
« J’peux dire un truc les gars ? J’ai l’impression que ça va mal finir… » Ça, c’est une très bonne intuition de Hassan (Jonathan Cohen, supermou, superdrôle) au tout début du premier épisode. Peut-être la seule qu’il aura pendant les huit que compte cette première saison des Invincibles, diffusée à partir de ce soir et jusqu’au 30 mars sur Arte. Ce mauvais pressentiment, il l’a devant ses trois meilleurs potes, juste après avoir signé « le pacte ». La trentaine strasbourgeoise, Mano (Jean-Michel Portal), le rockeur lâche et un peu mytho, Hassan, donc, le loser complètement soumis à sa « Cathy casse-couilles » de nana, FX (Benjamin Bellecour), le flambeur égocentrique, et Vince (Cédric Ben Abdallah) l’obsédé sexuel, flippés de devenir « vieux et aigris », ont décidé de changer de vie grâce à ce pari de gamins en manque de sensations. Parmi les clauses du pacte, un engagement hebdomadaire à faire la fête, l’interdiction de faire durer plus de huit jours toute nouvelle fréquentation… Mais surtout, disposition numéro 1 et nœud narratif de cette première saison : l’obligation, dès le lendemain, de rompre avec sa copine du moment. Oui, comme tu dis Hassan, ça finit mal. Toutes proportions gardées : on reste dans la « dramédie », avec un peu de drame et beaucoup de comédie. Le pacte, catalyseur d’embrouilles et cadeau pour scénaristes, apporte son lot d’immoralité, de situations inextricables et de dissimulations. Dans ce savoureux ballet de cocus, de traîtres et de menteurs, on retrouve quelques têtes connues du petit écran : Clémentine Célarié, Marie-Christine Adam, François Rollin… Mais surtout un bien fameux Jackie Berroyer en père et mari émasculé, à qui l’on doit le climax comique de cette première saison - son « sauve-toi » désespéré chuchoté à Hassan, en passe de devenir son futur gendre.
Petite originalité de la série : les trois niveaux de narration qui s’empilent. D’abord, la série elle-même. Puis des séquences d’entretiens face caméra avec intervieweur anonyme, sorte de making-of de fiction. C’est sans doute là qu’on mesure le degré de mauvaise foi des quatre antihéros des Invincibles : on ricane devant le grand écart permanent entre ce qu’ils veulent montrer d’eux et ce que l’on sait d’eux. Troisième niveau, lui vraiment raté : la BD animée, enchâssée dans l’intrigue. Imaginée par Hassan, elle n’apporte rien, sinon les seuls moments pénibles sous prétexte d’allégorie des épreuves que traversent les quatre protagonistes, devenus Alias, Spirit, Temero et Bouclius (sic). Va pour le côté régressif très Chevaliers du Zodiaque pleinement assumé, d’ailleurs, par le générique de la série, composé par les deux gus de la Chanson du dimanche. C’est un peu le parti pris des Invincibles, aussi. Celui de donner aux quatre personnages la culture de ceux qui sont nés dans la France des années 70-80. Celle des trentenaires d’aujourd’hui, qui ont bouffé des kilos de céréales devant les dessins animés de TF1, usé leurs pouces devant les premières consoles de jeux vidéo et vibré sur The Cureet Nirvana. Du coup, à côté de ce générique très kitsch, une BO vraiment pas mal, de Bowie à Amy Winehouse en passant par les Pixies. Coréalisée par Alexandre Castagnetti, la moitié très barbue de la Chanson du dimanche, et Pierric Gantelmi d’Ille, chef opérateur de plusieurs navets (Camping, Disco…), les Invincibles est une adaptation de la série éponyme diffusée en trois saisons au Québec, de 2007 à 2009. En France, une deuxième saison, déjà tournée, est prévue pour être diffusée courant 2011. Selon ce qu’on a pu voir du modèle québécois, la version française, sans l’accent et les « calisse », semble y être extrêmement fidèle. Dommage. Sinon on aurait sincèrement applaudi des deux mains. Paru dans Libération du 9 mars 2010 Premier épisode de la série en avant-première :
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