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mercredi 1er juin 2011 10:56

  • cinéma

Les X-Men avant la lettre

par Alexandre Hervaud

tags : super-héros , comics

Photo 20th Century Fox

X-Men : le Commencement, de Matthew Vaughn avec James McAvoy, Michael Fassbender, Kevin Bacon… 2 h 10.

Les adaptations de comics Marvel ayant une logique très particulière quant à leurs chronologie et continuité, l’annonce d’une version juvénile de X-Men nous avait laissés dans le doute : le studio allait-il nous servir une remise à plat (on dit reboot, dans le jargon) de la franchise, comme celle réservée à Spider-Man, de retour au bahut l’an prochain, ou choisir l’option George Lucas et nous la faire à l’envers (on dit prequel), en se penchant sur les origines des personnages ? C’est la deuxième option qui a heureusement été choisie, même si elle ne saurait être un gage de qualité, comme l’avait démontré l’affreux X-Men Origins : Wolverine en 2009, premier film dérivé (on dit spin off) de la franchise à explorer le passé de l’un de ses superhéros.

Pour sa quatrième réalisation, l’Anglais Matthew Vaughn suit donc l’initiation des deux figures fondatrices de la mythologie X-Men, Charles Xavier (futur Professeur X, pas encore chauve ni en fauteuil roulant) et Erik Lehnsherr (futur Magneto, pas encore attifé de son attirail cape et casque caractéristique). L’intrigue est située au début des années 60, sur fond de crise des missiles de Cuba. Par un révisionnisme astucieux à grand renfort d’images d’archives (Kennedy est une vraie guest-star), X-Men le Commencement nous dévoile que, derrière l’échauffement entre Russes et Américains, se cachent les manigances d’un certain Sebastian Shaw, ex-nazi bien décidé à épurer la race humaine pour faire place aux mutants. Comme pour les précédents films inspirés des comics de Stan Lee et Jack Kirby, le thème de l’exclusion et de la ségrégation est au cœur du scénario, qui fait le pari de débuter de la même façon que le premier film tourné par Bryan Singer en 2000.

Photo 20th Century Fox

A l’époque, le metteur en scène d’Usual Suspects avait osé ouvrir son blockbuster estival par une introduction située à Auschwitz, installant le personnage d’Erik Lehnsherr comme un rescapé des camps, séparé de sa famille à l’adolescence par les soldats allemands. Dans un exercice de mimétisme rappelant le Psychose de Gus Van Sant, X-Men le Commencement débute exactement comme le premier volet de la saga, reproduisant à l’identique cadrage, montage et allant jusqu’à exhumer la bande originale de l’époque signée Michael Kamen, mort en 2003.

Le copié-collé ne s’éternise pas et Vaughn poursuit rapidement là où le flash-back du premier film s’était arrêté, évoquant les expérimentations subies alors par le jeune Erik. Le personnage est de loin le plus intéressant de cette nouvelle fournée, aidé il est vrai par un casting parfait : une fois adulte, il est incarné par Michael Fassbender, concentré de charisme né en Allemagne et élevé en Irlande, qui en fait un Charles Bronson bien décidé à éliminer un par un ses anciens bourreaux.

Photo 20th Century Fox

Citant l’esthétique des James Bond avec un sens de l’hommage rappelant parfois les OSS 117 d’Hazanavicius, la drôlerie en moins (excepté un James McAvoy en mode Austin Powers avec ses nombreuses répliques à base de « groovy »), Matthew Vaughn réussit à poser les bases d’une nouvelle série, inévitable en cas de succès, tout en évoluant dans un univers à l’exact opposé de son film précédent, Kick-Ass. Sorti l’an dernier, ce film de superhéros adapté d’une BD culte (déjà) avait marqué par sa violence graphique jubilatoire, autorisée par une production assez inhabituelle : monté sans l’appui de studio ni l’assurance d’avoir un distributeur, Kick-Ass avait été fait avec les propres deniers de son réalisateur, associé à Brad Pitt, l’acteur ayant été à l’affiche des films produits par Vaughn comme Snatch, de son pote Guy Ritchie.

Rien à voir, donc, en termes d’indépendance et de liberté, avec le tournage de ce X-Men, paraît-il difficile (l’équipe technique a fluctué de mois en mois) et archicontrôlé par la Fox, avec qui Vaughn avait déjà eu affaire en 2006. C’est en effet lui qui devait mettre en scène le troisième volet de la série avant que des délais de production (l’excuse pour ne pas évoquer des différends artistiques) ne l’écartent de la production. Il avait été remplacé par le tâcheron Brett Ratner, auteur des impérissables Rush Hour 1, 2 et 3. C’est peu dire que la comparaison est à l’avantage de ce X-Men dernier cru.

Bande annonce :

Paru dans Libération du 01/06/2011


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